‹ Benvenuto CelliniChapitre 24 sur 31 · FLORENCE SOUS COSME DE MÉDICIS. LA VIEILLESSE DE CELLINI · texte numérisé non relu

FLORENCE SOUS COSME DE MÉDICIS. LA VIEILLESSE DE CELLINI

L’àge mur de Cellini, sa vieillesse rayonnante s’écoulent à Florence. 11 est revenu au berceau de sa jeunesse (août 1545) pour y terminer ses jours. Florence, qui a vu les débuts de l’apprenti orfèvre, voit la gloire du statuaire. Ilne reviendra plus en F rance, ni à Rome d’où l’éloignent les souvenirs d’un passé tragique, encore récent. Alexandre de Médicis mort sous le poignard de Lorenzino, c’est à Cosme, son successeur, qu’il demande encouragement etprotection.

Étrange existence, plus rude qu’on ne pense, que celle de ces artistes du seizième siècle, pour qui l’exécution

BENVENUTO GELLINI-

d'un vaste projet, d’un rêve large, dépend de la magnificence d’un mécène J Après avoir éprouvé les bontés de François 1er, n’est-ce pas pour Cellini une espèce de déchéance que de solliciter les bienfaits de Cosme de Médicis ? — Ils sont rares, mesurés, avares. Les banquiers de génie qui ont bâti la gloire de la famille ont laissé à leur descendant une dure prudence de marchand. Grand prince, habile ménager d’alliances et de traités, Cosme inspire à l’Europe et à l’histoire le respect de son nom par les infinies ressources de sa diplomatie. Sous les apparences d’un fort bon homme ami des joies domestiques, il cache le ressort et l’astuce d’un maître en intrigues, digne du premier plan de la scène historique. Il sait d’ailleurs ce qu’il doit au souvenir de ses ancêtres et à la gloire des Médicis. Il est grand bâtisseur. 11 attire autour de lui les peintres et les statuaires, mais ses goûts d’amateur sont bien étranges : c’est Bandinelli qu’il choisit pour son surintendant. A Florence, tout doit plier devant le médiocre statuaire, si douteux de caractère, si pauvre d’inspiration personnelle. Capable de surprenantes prodigalités pour enrichir d’une pièce rare son cabinet de joyaux et de gemmes, Cosme lésine avec les artistes, il paie le Persée par pénibles acomptes. Avec cela, merveilleux administrateur du nom des Médicis, il sut — sans se ruiner — faire étinceler autour de son règne de durables chefs-d’œuvre. Même prudente sagesse chez son fils François, grand-duc de Toscane, et, de plus, une curiosité maladive du rare et de l’étrange, plus que du beau, une

BENVENUTO GELLINI.

fureur de distillations secrètes, de parfums et de poisons, de toutes sortes d’ouvrages minuscules pour lesquels il m’enferme durant des jours dans un laboratoire solitaire. Ainsi dégénère peu à peu là vaste curiosité des Médicis, (‘n même temps que l’art italien pour lequel elle s’était naguère prodiguée.

Pendant la dernière période de sa vie, Cellini est presque exclusivement un statuaire. Après les recherches hésitantes et les résultats contestables de Fontainebleau, il est maître de son art, il témoigne des qualités les plus originales et les plus hautes. L’inventaire de son atelier nous révèle le nombre et l’importance des projets qu’il méditait de réaliser jusqu’à une vieillesse avancée. Sans doute l’illustre orfèvre ne pouvait pas abandonner complètement l’art de sa jeunesse : il cisela un calice d’or que Gosme destinait au pape, une bague pour la duchesse Eléonore. Pour des travaux de moindre importance, il se contente de fournir les dessins. C’est ainsi que les frères Domenico et Giovanpagolo Poggini exécutent d’après ses modèles de petits vases d’or enrichis de figurines en bas-relief et d’ornements. De même Piero di Martino commença sous sa direction un vase d’argent. Dans ses dernières années, il travaillait à des œuvres d’un caractère décoratif, — tour de chœur, modèles de chaires pour Santa Maria del Fiore et Santa Réparai a, dont nous trouvons des maquettes en carton mentionnées dans l'inventaire de son atelier.

Mais, dans la petite maison de la via del Rosaio, à l’ombre de Santa Croce, plus encore qu’au Petit-Nesle, il songe à

Cliché Alinari.

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