‹ Benvenuto CelliniChapitre 29 sur 31 · JUPITER ET DANAÉ, BASE DU PERSEE, PAR CELL1NI · texte numérisé non relu

JUPITER ET DANAÉ, BASE DU PERSEE, PAR CELL1NI

(Florence, Loggia dei Lanzi.)

lentes, à savantes intrigues, mais la haine au grand soleil et qui se détend brusquement.

A un caractère ainsi trempé toutes les aventures sont possibles. Sous Jean des Bandes Noires, il eût pu devenir chef de guerre; pauvre et cupide, se faire spadassin ou condottiere. Ou bien, avec plus de ruse et de lenteur de sang, arriver à la pourpre, comme ces beaux et astucieux cardinaux dont on voit les portraits peints par Raphaël à la galerie Pitti. Mais la forme de son intelligence lui impose un autre genre d’activité, lui présente d’autres objets. C’est un artiste et un créateur.

La forme de l’intelligence, — le mot est-il bien choisi pour l’être le moins « intellectuel » qui fut jamais et dont la pensée tend a se résoudre spontanément en des actes? Si nous cherchons en Cellini de la clarté, de la pondération, de la justesse, nous ne les rencontrerons pas. C’est un tumulte. Il ne s’embarrasse point de contradictions. Nul esprit critique, ce destructeur de l’effort. Toute sa vie est d’un païen pur, mais son cœur est le cœur ingénu, respectueux, d’un croyant. A cette époque, au libre esprit des maîtres du quattrocento, tout enivrés de pensée païenne, a succédé une ferveur réelle et touchante. Il est rare de rencontrer de ces libertins comme Mariono Albertinelli, comme Pérugin, si fréquents parmi les hommes de la génération précédente. Mais la dévotion d’un Cellini a quelque chose de particulier : elle n’est pas calme, paisible, elle ne repose pas sur les bases harmonieuses d’une foi éprouvée. C’est celle d’un visionnaire. Elle est traversée de révélations

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éclatantes et de mystiques effusions, comme ce Capitolo composé pendant sa captivité au château Saint-Ange, où l’on rencontre, mêlées à une ironie douloureuse, quelquesunes des plus belles inspirations du lyrisme chrétien. Elle fleurit à travers les contritions d’un cœur repenti.

Pourtant le grand principe d’action intellectuelle de Celli ni et de la plupart de ses contemporains reste la curiosité. Ils sont sollicités dans tous les sens et ils ne se refusent à rien. Comme Vinci, pour qui la science et l’art sont deux enquêtes parallèles, ou plutôt la même enquête traduite dans des alphabets différents, ils se précipitent, avec plus ou moins de savoir, de méthode, de maîtrise, sur l’inédit des problèmes. La nature, pour Cellini, n’est pas un décor du sentiment. C’est un réservoir de forces, un arsenal de surprises, une matrice des formes. Toutes les étranges et surprenantes choses qu’elle contient le séduisent infiniment. 11 a, comme Vinci, le goût des monstres. 11 sait ployer au flanc des vases, tordre en anses d’aiguières, inscrire dans le champ étroit d’un bijou toutes sortes de bêtes élégantes et singulières, nées de sa fièvre de visionnaire et de son caprice curieux.

C’est en vertu du même pr incipe qu’il ne s’est pas spécialisé, qu’il a refusé de se circonscrire et de se limiter. Derrière la variété de ses aptitudes et de ses efforts, il n’y a pas l’indifférence et la rapidité, mais une vertu précisément contraire. Il a étudié les unes après les autres, avec un zèle extraordinaire, toutes les manières possibles d’exprimer de la beauté, au moyen des outils qu’il avait appris à manier

Cliché Alinari.

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