MODÈLES DE CASQUES, DESSIN ATTRIBUÉ A CELLINI
(Florence, Musée des Offices.)
Même collaboration pour le parement d’autel du baptistère Saint-Jean, à Florence, destine à remplacer l’œuvre de Cione, le père d’Orcagna, jugée d’un luxe insulfîsant et sans doute aussi archaïque, démodée, en désaccord avec les exigences du goût renouvelé. Dans des œuvres moins importantes, un homme comme Andrea Arditi fournit d’excellents exemples de ce style de transil ion qui précède la Renaissance proprement dite. Rien de plus intéressant à cet égard que le calice de la collection Soltykolf, dont les médaillons sont d’un caractère encore archaïque, dont l’équilibre architectural, si l’on peut dire, ainsi que de nombreux détails d'ornements appartiennent entièrement à l’âge nouveau.
Ce qui distingue les orfèvres du quattrocento de leurs prédécesseurs, c’est qu'ils cessent d’être des spécialistes étroits, des exécutants aux ressources limitées, pour devenir des hommes de culture générale. Ce qui, d’autre part, les distingue de leurs successeurs, c’est qu'ils surent maintenir l’équilibre entre leur technique et leur culture, ne pas enrichir l’une aux dépensée l’autre. En un mot, ils restèrent des décorateurs en devenant des artistes.
Homme de culture générale par l’étendue de son savoir et par la variété de ses aptitudes, l’orfèvre du quattrocento s’affirme, non seulement comme un habile ouvrier de la matière rare, mais encore comme un artiste complet et comme un merveilleux éducateur du goût. Les conditions économiques et morales de son temps lui ont permis de se révéler sous ce double aspect avec une ampleur exceptionnelle.
BENYENUTO GELLINI.
Désormais l’orfèvrerie n’est plus un art exclusivement religieux. Le luxe de la vie publique et de la vie privée sollicite et développe toutes ses ressources. Elle devient une des expressions les plus significatives des besoins et des usages de la vie. La splendeur des matières précieuses renvoie son éclat au ciel des cités. Le soleil fait fourmiller les lueurs rares sur les colliers des femmes, sur les vaisselles ouvragées, sur le pommeau de l’épée du condottiere. Le faste du siècle envahit l’Église et renouvelle les thèmes de l’orfèvrerie religieuse. A l’entrée de Saint- Pierre de Rome, il y a six boutiques d’orfèvres. Le trésor de la Basilique et le Vatican regorgent de chefs-d’œuvre. L’or, l’argent et les gemmes revêtent les évangéliaires de Nicolas V. Les villes tributaires de la papauté s’acquittent en plats, en bassins, en aiguières. La richesse publique est extrême. L’art du paganisme propose des modèles, montre par d’innombrables exemples que toutes les formes de la vie sont susceptibles d’être associées à la beauté.
Surtout — et c’est là un point capital — il enseigne que la matière doit être soumise au décor, qu’il faut subordonner ses magnificences barbares aux convenances du goût et du style. Le luxe du quattrocento n’est pas la sombre prodigalité byzantine. Les lourdes plaques de métal forgé ou fondu, où sont rudement sertis des médaillons et des pierres presque brutes, mal montées, sans transparence et sans éclat, s’assouplissent dans les fournaises, s’allègent sous le burin et le ciselet, deviennent le champ où va s’inscrire la poésie des formes.