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JUPITER ET LES GÉANTS, BAS-RELIEF D ARGENT ATTRIBUÉ A CELLINI

(Rome, Vatican.)

BENVENUTO GELLINI.

Sans doute un jour viendra où la profusion des modèles fournis par les maîtres et la perfection des procédés de reproduction paralyseront l’initiative des créateurs. Môme avant cette décadence, l’influence de Michel-Ange, les procédés de la statuaire appliqués abusivement à l’art de l'orfèvre, le désir de renouveler et d’enrichir feront paraître un abus de formes vivantes, passionnées, exubérantes, profuses. Mais jusqu’au début du seizième siècle, naissent mille œuvres charmantes et légères, parfaites de grâce et d’équilibre, comme le beau vase de bronze de South Kensington où des rinceaux de feuillages, aussi sobres et aussi purs que l’antique dont ils sont inspirés, décorent la matière sans l’accabler.

Tous ces maîtres ont une ardeur extrême pour la pratique , selon l’expression de Palissy, pour l’expérience féconde qui les rend chaque jour davantage des savants du procédé et de l’outil. Ils aiment leur art, non parce qu’il leur permet de rivaliser avec telle ou telle autre forme de l’activité esthétique, la statuaire par exemple, mais parce qu’il est un métier, pour les secrets qu’il comporte, pour toutes les industrieuses manières dont il est si riche. A cet égard, Cellini, qui a recueilli leur tradition et leurs enseignements, est bien leur continuateur. Tout ce qui concerne la joaillerie, les nielles, les filigranes, la ciselure, la gravure en creux, l’émail, la grosserie et la frappe des médailles, des monnaies et des sceaux a été enrichi par eux de mille singulières adresses dont Benvenuto nous entretient avec vénération, en y ajoutant ses

BBN'VENUTO CELLINI.

propres découvertes. Comme son Traité de V orfèvrerie et de la sculpture n’est pas un ouvrage historique, mais un livre de métier, il nous est difficile d’attribuer à chacun des orfèvres du quattrocento la part qui lui revient dans cet immense effort de progrès technique. Ce qu’il nous dit de Pollajuolo, par exemple, nous laisse soupçonner que l’apport de ce maître fut considérable, mais ne précise rien. En étudiant l’œuvre et la vie de Cellini lui-même, il nous sera plus facile de revenir sur tous ces procédés et de relever ce qu'il doit à ses maîtres.

On s’explique que cette discipline, large et précise à la fois, ait eu tant d’influence, que des ateliers d’orfèvres soient sortis les principes générateurs de la Renaissance italienne. Précise, on vient de le voir, par le souci de la probité, du savoir, de la constante expérience, par l’étude attentive des sciences nouvelles ; large par la sûreté de goût à laquelle elle conduit, par la variété des connaissances qu’elle exige, enfin par la puissance de la grande tradition retrouvée dont elle adapte harmonieusement l’esprit et les modèles aux besoins nouveaux du siècle.

Sans doute il est des écoles retardataires. A Venise, avec la dynastie des Da Sesto, se perpétuent , en même temps que les traditions médiévales, les souvenirs de l’Orient et de Byzance, l’enseignement légué par Giacomo Benato et Bertuccio, auteur des portes de Saint-Marc (1390). Mais tout près de Venise, les fondeurs de Padoue perfectionnent en peu d’années la technique du bronze, la rendent capable de se plier à ces innombrables ouvrages qui ont valu

COUVERTURE DE MISSEL ATTRIRUÉE A CELLINI. (Londres, Musée de South Kensington )

BENYENUTO G EL LIN I.

parfois à la première Renaissance le nom d’Age du Bronze, et dont le chef-d’œuvre est peut-être la merveilleuse grille de la chapelle délia Cintola , au dôme de Prato. L'école siennoise, plus attachée encore que l’école vénitienne à la discipline et aux leçons du passé, tend de plus en plus à se limiter à l'exécution des émaux champlevés. Mais à côté de Sienne, il y a Florence, la capitale de l’orfèvrerie italienne. Sans parler de leur collaboration à la pala du Baptistère, les maîtres llorentins du quattrocento travaillent à un grand nombre d’œuvres considérables.

Ghiberti reçoit de Martin Y (1419) et d’Eugène IV (1439) la commande de leurs boutons de chape et de leurs mitres d'or. Pollajuolo ouvre boutique place du Mercato Nuovo, ciselle l’admirable casque de Federigo di Montefeltro et rivalise pour l’exécution des paix niellées avec Maso Finiguerra, élève, comme lui, de Ghiberti. Verrocchio exécute ses figures d’apôtres destinées à la chapelle pontificale ; Ghirlandajo, ses lampes d’argent. L’orfèvrerie est l’art national, les maîtres et les apprentis sont innombrables.

A Vérone, à Modène s’exerce le génie patient des intarsiatori. A Bologne, le peintre Francia est d’abord, et longtemps, un orfèvre : sur ses tableaux, il fait suivre orgueilleusement sa signature du mot aurifex. Sous les Bentivoglio, puis sous Jules II, il administre la Monnaie de sa patrie. Émailleur, médailleur et nielleur, il sait l’art d’associer, dans un champ infiniment restreint, le grand style des figures au charme élégant des motifs. Les deux paix niellées du musée de Bologne sont égales à ce que

BENYENUTO GELLINI.

cet art a produit de plus parfait. L’école bolonaise et ombrienne, qui produira plus tard des artistes comme Cesarino Rosetti et Lautizio de Pérouse, trouve naturellement à Rome son centre d’action, des protecteurs comme Agostino Cliigi et Jules de Médicis, plus tard Clément VII. Les Borgia furent, de tout temps, plus sobres d’encouragements. Nous trouvons néanmoins employés par Alexandre VI, à la lin du quattrocento, un certain nombre d’orfèvres de Foligno ; Hercule de Pesaro et Angelino de Sutri exécutent pour César Borgia de belles épées d’honneur. Les Espagnols répandent le goût des armes, qui deviennent tributaires de l’art de l’orfèvre.

Les Lombards ont été de tout temps des décorateurs. Les statuaires et les tailleurs de pierre qui ont collaboré à cet ensemble unique qu’est la Chartreuse de Pavie, des maîtres inégaux, mais puissants, comme le Bambaja, méritent ce nom, avant tout autre. Au cours du quinzième siècle et du seizième, la réputation des orfèvres lombards balance celle des toscans. Leur renommée s’étend au loin. Pietro da Milano fit une rapide fortune à la cour de René d’Anjou. Nous retrouverons à Rome de nombreux milanais parmi les maîtres et les émules de Cellini : la plupart des armes qu’on lui attribue sont dues à des lombards: Ghinello, Negrolo,* Piccinino et beaucoup d’autres. La grande floraison des artistes milanais précède immédiatement la génération de Cellini. Le nom et l’œuvre de Caradossoles dominent tous. Dans l’art de ciseler, d’emboutir, de souder, de polir, de mater, de brunir, de sgraffier et de colorier les

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