‹ Benvenuto CelliniChapitre 8 sur 31 · PAIX EN OR CISELÉ ATTRIBUÉE A CELLINI OU A CARADOSSO · texte numérisé non relu

PAIX EN OR CISELÉ ATTRIBUÉE A CELLINI OU A CARADOSSO

(Milan, Trésor du Dôme.)

ne pourrait être l’œuvre que de trois orfèvres, — Alessandro Cesati, dit le Grecchetto, Federico Bonzagna et Giovan Antonio Rossi. Mais le nom de Pie IV ne s’impose pas, et d'autre part l’ampleur et la simplicité du style ainsi que la beauté de l’exécution permettent de prononcer celui de Caradosso, dont elle est tout à fait digne. Il faudrait citer encore bien d’autres œuvres, où le génie finissant du quattrocento accueille déjà les inquiétudes et les recherches du seizième siècle à ses débuts.

Ainsi, tandis que Venise et Sienne restaient à peu près immobiles, d’autres écoles, Bologne, l’ümbrie et Milan, à la suite de Florence, renouvelaient l’art de l’orfèvre. Au moment où Benvenuto Cellini paraît, les conditions économiques, sociales et techniques du siècle nouveau vontelles modifier profondément les caractères et les destinées de cet art?

Si la vie des cités libres est soumise au bon vouloir d’un maître, si des républiques disparaissent et, avec elles, ces largesses collectives, cette profusion de fêtes publiques de la première moitié du quattrocento, le faste des particuliers persiste et s’accroît dans des proportions considérables. La parure de la femme est compliquée comme un monde. Les hommes suivent cet exemple et se couvrent de bijoux : médailles ou plaquettes d’or au chapeau, baudriers, agrafes de baudrier, épées et dagues, colliers, anneaux, tout est prétexte, tout s’offre aux combinaisons de la richesse et du goût. Les princes et les particuliers comblent les orfèvres d’argent et d'honneurs. On

BEN VENUTO GELLIN [.

peut voir à Rome, dans la via des Banchi Yecclii, un monument de leur rapide fortune, — la maison que, des libéralités des papes, se fit bâtir le bon orfèvre Gian Pietro Crivelli, — mascarons, trophées, génies supportant des médaillons d’armoiries, avec cette inscription: Jo. Petrus Cribellus mediolanen . sibi ac suisa fundameniis erexit.

Mais ces orfèvres si favorisés par les circonstances sontils de tout point semblables à leurs maîtres du quattrocento? Reçoivent-ils la même éducation? Éprouvent-ils les bienfaits des mêmes disciplines? — 11 est certain que déplus en plus ils se spécialisent. Un excellent artiste comme Lautizio s’est confiné dans la gravure des sceaux. Dans d’autres branches, beaucoup de ses confrères suivent cet exemple. Ils sont rares ceux qui, comme Cellini, font preuve de ces belles aptitudes variées et de cette curiosité féconde dont on retrouve le principe dans la largeur encyclopédique de l’éducation reçue. Aussi cessent-ils en général d’être les inventeurs de leurs propres modèles. En attendant que les recueils gravés par Agostino Veneziano, Marco da Ravenna, Eneas Vico vulgarisent les thèmes décoratifs et viennent en aide à la pauvreté imaginative des exécutants, les peintres et les statuaires inspirent directement les orfèvres. Benedetto da Rovezzano, Sansovino, Michel-Ange ont été appelés à diriger leurs travaux. A leur suite, à l’exemple de Raphaël qui dessina des vaisselles pour Agostino Chigi, Jules Romain, Gian Francesco Penni leur fournissent des patrons et des maquettes, — les deux Zuccheri sont chargés d’inspirer les céramistes de Castel-Durante.

Page 1