LUTTE CONTRE LE DESPOTISME IMPÉRIAL
Consul le jeune général qui, naguère encore officier obscur, s'était, par la puissance seule de son génîe> élevé au premier rang de Tarmée et était devenu le premier citoyen de la France. Il voyait .dans . Bonaparte Téclatante application d'un des trois grands principes que nos pères de 1789 avaient inscrits sur leur drapeau. Peut-être aussi le poète, toujours si avisé et si clairvoyant, avait-il compris" qu'en déjoûan^ à son retour, d'Egypte, tous les plans préparés pour une restauration bourbonienne, alors imminente, et en retardant cette restauration, Bonaparte avait donné aux institutions fondées par \e^ pouvoirs révolutionnaires l'élément indispensable à la solidité de toute oeuvre- humaine, le tepips.
Mais sîi pour toutes ces raisons, et peut-être pour d'autres encore, Béranger applaudit aux
premiers succès de Bonaparte, il était trop attaché aux principes de la Révolution et trop jaloux dès conquêtes libérales dues à l'énergique opiniâtreté de la* nation, pour ne pas protester contre une, série de mesures qui tendaient à remettre en honneur les magistratures et les institutions de Tancien régime et contre des actes qui'indiquaientchez le Premier Consul la pensée
bien arrêtée de substituer en toute circonstance à Tautorité de la nation sa volonté souveraine. Béranger comprenait d^ailleurs, et il comprenait chaque jour davantage que les victoires que Tempereur offrait à la France en dédommagement de la liberté perdue, n'étaient adquises qu'au prix des plus grands sacrifices, et, comme tout bon patriote, il niaudissait l'ambition effrénée d'un homme « pour qui les victoires étaient des relais, et les armées des chevaux de rechange qui tombaient sous lui d'épuisement (1).»
C'est pour railler cette ambition insatiable et funeste que Béranger écrivit et ces couplets du Mort Vivant, où il oppose non sans malice les bienfaits de la paix à la vie agitée des camps, et surtout l'admirable chanson du Roi d'Yvetot (1813), chanson si sérieuse à la fois et si gaie, si joviale et si mordante, et dont les fines épigrammes sont d'autant plus redoutables qu'elles se présentent sous une forme plus spirituelle et plus enjouée. L'activité dévorante de l'empereur, la cérémonie du Sacre, le faste que l'on déploie partout pour rehausser le prestige de
(1) Louis Blako, Histoire de dix ans, I, p. 32.