LUTTE CONTRE LE DESPOTISME IMPÉRIAL
la couronne, la garde impériale, les charges de jour en jour plus nombreuses et plus écrasantes : tout cela trouve sa place dans Tingénieuse satire de Béranger.
Il était ua roi d'Yvelot,
Peu connu dans Thistoire, Se levant tard, se couchant tôf,
Dormant fort bien sans gloire, Et couronné par Jeanneton D'un simple bonnet de coton,
Dit-on.
Oh ! oh! oh! oh! ah! ah! ah ! ah!
Quel bon petit roi c'était là!
La, la.
Il faisait ses quatre repas
Dans son palais de chaume,
Et sur un âne, pas à pas, Parcourait son royaume.
Joyeux, simple et croyant le bien,
Pour toute garde il n'avait rien Qu'un chien.
Oh! oh! etc..
Il n'avait de goût onéreux
Qu'une soif un peu vive ; Mais, en rendant son peuple heureux, .
Il faut bien qu'un roi vive.
Lui-même, à table et sans suppôt, Sur chaque muid levait un pot
D'impôt.
Ohl oh! etc
Il li'agrandit point ses États, .
Fut un voisinxommode; .
Et, modèle des potentats.
Prit le plaisir pour code.
Ce n'est que lorsqu'il expira- Que le peuple qui l'enterra
Pleura.
Ôh^ oh î etc.
Ces couplets,. Déranger -en donna^ dit-on, lecture et peut-être même les chanta à son maître, M. de Pontanes ; et M. de Fontanes les lut à son tour à Tempereur. Ni le ministre ni l'empereur n'en parurent émus; ils applaudirent même à l'esprit du poète et, dans ces couplets qui n'ont l'air que de sourire, et qui pourtant,
sous une apparente bonhomie, cachent une réelle malice et une amère ironie, ils ne distinguèrent point rexprésfeioTi timide et contenue, . mais très significative et très éloquente, du . sourd mécontentement qui commençait à se faire entendre dans les hautes- classes comme dans les rangs les plus humbles de la nation.
En 1814, Béranger fut conséquent avec lui- .
même. Comme il avait raillé l'empereur, il accueillit, sinon avec enthousiasme, du moins jsans chagrin^ les Bourbons. Il y avait bien, sans doute dans la DéclarsLtion de SainUOuen quel-
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ques passages peu rassurants pour les esprits inibus des doctrines et des principes de Içi Révolution ; il y était dit notamment que Ton chercherait « à renouer la chaîne des temps, que de funestes écarts avaient interrompue ; » on y parlait de « concession » et d'« octroi ;» mais ces termes inquiétants, par combien de belles et bonnes promesses n'étaient-ils pas rachetés? Que, n'espérait- on pas d'une Charte qui., en même temps qu'elle traduisait en termes éloquents Tamour du rpi pour son peuple, assurait eh outre à toutes les libertés les plus complètes garanties? Cet espoir, Réranger le conçut comme tout le monde. La chanson du Bon Français ne laisse à ce sujet aucun doute. Un des couplets est une paraphrase élogieuse d'un mot. fameux du comte d'Artois ; un autre couplet fait allusion à ce fait, attesté par les journaux du temps, que, sur une lettre de Louis .XVIII, l'empereur Alexandre promit de renyayer en France les prisonniers faits sur nous ' durant la malheureuse campagne de Russie. Il n'est • pas jusqu'aux infirmités de Louis XVill, infirmités qui atteignent le corps sans ébrai)ler l'âpne ni le cœur ; il n'est pas jusqu'aux paroles par lesquelles le roi accueillit
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à Saint-Ouen les maréchaux de l'empire (1), qui
ne soient visées dans d'autres couplets de la même chanson :
J'aime qu'un Russe soit Russe, Et qu'un Anglais soit Anglais.
Si Ton est Prussien en Prusse, En France soyons Français.
Lorsqu'ici nos cœurs émus Comptent des Français de plus, Mes amis, mes amis,
Soyons de notre pays,^ Oui, soyons de notre pays.
Louis, dit-on, fut sensible Aux malheurs de ces guerriers Dontrhiver le plus terrible A seul flétri les lauriers.
Près des lis qu*ils soutiendront.
Ces lauriers reverdiront.
Mes amis, etc..
Enchaîné par la souffrance.
Un roi fatal aux Anglais A jadis sauvé la France Sans sortir de son palais.
On sait, quand il le faudra.
Sur qui Louis s'appuiera.
Mes amis, etc..
(1) Le roi avait dit, à Saint-Ouen, aux maréchaux Masséna, Mortier, Lefèvre, Ney, etc., qu'il s'appiuerait sur etix.