‹ BérangerChapitre 14 sur 38 · LUTTE CONTRE LA RESTAURATION · texte numérisé non relu

LUTTE CONTRE LA RESTAURATION

C'est donc à tort qu'on a parlé de Tinébranlable fixité des opinions politiques de Béranger; c'est à tort que Ton a dit (1) que, toujours fidèle à ses convictions républicaines, le poète « n'a iamais chanté que la patrie, le peuple et la liberté. » Il y eut dans la vie du poète au moins un jour où, faisant taire ses préférences personnelles, il fit paraître à l'égard des Bourbons non pas, comme il le prétend, des sentiments d'indifférence, mais des sentiments de vive et réelle sympathie (2).

Lutte contre la Restauration.

Ces sympathies furent de courte durée.

Comme tous les libéraux du temps, Béranger ne fut pas longtemps à reconnaître que les princes, sur lesquels on comptait pour faire renaître « les libertés nationales », n'avaient rien

(1) Arthur Arnould, Béranger, ses amis, ses ennemis et ses critiques (1864) : 2« vol., p. 265.

(2) Béranger s'^exprime ainsi à propos du retour des Bourbons : « Au fetour des Bourbons^ qui m'étaient indifèrentSy leur faiblesse me parut devoir rendre facile lu renaissance des libertés nationales. » Préface de 1833.

oublié ai rien appris, et que, au lieu des grands principes de la Révolution française , ils mettraient leur honneur à faire revivre les idées et les préjugés de l'ancien régime.

Louis XVni était à peine installé aux Tuileries que paraissaient, coup sur coup, des mesures qui, prises en contradiction avec les principes consacrés par la Charte, étaient, de plus, impolitiques et maladroites. On avait promis la liberté de la presse, et Ton rétablissait la censure ; — la liberté des cultes, et l'intolérance régnait en souveraine dans les villes et dans les campagnes ; — l'inviolabilité delà propriété, et l'on inquiétait les possesseurs des biens nationaux. Les pensions et les grades devaient être conservés, et, pour faire place à des émigrés qui n'avaient jamais servi, on renvoyait quatorze mille officiers en demi-solde.

. Et la réaction', qui, au lendemain même du jour où le roi avait garanti toutes les libertés, s'affirmait avec tant d'énergie, la réaction devait, moins d'un an plus. tard, se montrer plus intraitable encore et plus terrible.

Enhardi parle trouble profond que jetait dans les âmes la vue de deux grandes catastrophes politiques et de deux invasions accomplies en

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