CHAPITRE III
On a essayé^ dans les pages précédentes, de retracer les principales phases de la lutte que soutint Béranger contre les mesures réactionnaires de la Restauration, et l'on s'est attaché à montrer que, pendant que des orateurs éminents protestaient avec éloquence du haut de la tribune contre les efforts faits par le gouvernement pour faire revivre et remettre- en honneur les institutions de Tancien régime, un poète populaire, un chansonnier, combattait, lui aussi, pour la même cause et mettait au service dû parti libéral ces poésies charmantes qui couraient manuscrites d'une extrémité de la France à l'autre avant d'être livrées à l'impression, et qui, tantôt enjouées et plaisantes, tantôt graves et sévères, tournaient en ridicule ou
flétrissaient les actes du^ gouvernement et le gouvernement lui-même.
Mais ce n'étaient pas seulement ses préférences marquées pour les vieux usages et les anciennes institutions de la royauté légitime, ni sa haiae pour les idées et les principes issus de la Révolution qui rendaient ladynastie des Bourbons odieuse à une grande partie des citoyens français. Aux yeux des classes populaires et des classes moyennes, qui composaient le principal effectif du parti libéral, les Bourbons avaient, en faisant alliance avec les ennemis de la France, commis une faute impardonnable, un crime de lèse-patrie qui les avait à tout jamais compromis et discrédités. Tous ceux que n'aveuglait point ,1a passion politique et qui conservaient intacts au fond de leur cœur l'amour et le culte de la patrie no pouvaient pardonner à ces princes et à leurs partisans d'avoir appelé à leur secours les armées coalisées contre la France et de les avoir saluées comme des libératrices. N'avait-on pas vu, en effet, quand les armées étrangères défilaient étonnées dans les rues d'une capitale qu'on leur avait livrée, n'avait-on pas vu des bandes de royalistes prendre la tête du cortège et se livrer aux démonstrations les plus