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bruyantes et les plus malsaines? N'avaît-on pas vu, du haut des balcons, un grancj nombre de Bourboniens, hommes et femmes, gens nobles ou qui travaillaient à se faire anoblir, accueillir les vainqueurs avec les marques de la plus affectueuse sympathie, pendant que les malheureux soldats français, repoussés des ambulances et des hôpitaux, expiraient sans secours dans les rues et sur les chemins? N'avait- on pas yuenfîn, pour emprunter le langage même deBéranger, « un lâche troupeau de Français fouler aux pieds les trophées de nos vingt-cinq années de gloire devant des étrangers qui par leur tenue prouvaient si bien qu'ils en gardaient un profond souvenir (1) ? »
La joie des royalistes avait été trop offensante pour la patrie, et les outrages infligés à de vaillants soldats, trop cruels pour que Béranger ne traduisit pas en vers éloquents l'indignation qu'avait provoquée dans l'âme de tout bon patriote la vue de pareilles scènes. Il était temps de ramener les esprits abusés et égarés à une plus saine appréciation des choses; il était temps de démasquer les pensées criminelles de
(1) Ma Biographie, p. 160.
citoyens, qui n'avaient pas craint de sacrifier à ; la satisfaction de leurs intérêts personnels et de ; leur ambition les intérêts et la gloirede la patrie,
comme aussi de donner les éloges et les félicitai tions qui leur étaient dus à ceux qui avaient
noblement porté sur tous les champs de bataille
le drapeau de la France, et que la trahison seule i avait désarmés ; il était temps enfin de réchauffer
dans des cœurs refroidis par le malheur et par
la souffrance cette vieille fierté et cette vieille \ bravoure française, qui paraissent être une tra- ; dition de race, et de réveiller le patriotisme
endormi. Ce rôle, Béranger l'accepta tout entier, ! et il mit à le remplir une conviction et uneardeur ; d*autant plus grandes que flétrir la conduite de ' royalistes traîtres à leur pays et célébrer les
hauts faits des soldats de la République et de
TEmpire c'était encore, à ses yeux, servir lacause . de la tolérance et de la liberté contre l'intolérance
et le despotisme.
L'aristocratie et le peuple.
La France en 1814 et 1815 présenta ce spectacle curieux que, tandis que les plus modestes
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citoyens, paysans et ouvriers des villes, demandaient des armes à grands cris pour combattre les ennemis de la patrie et qu'ils étaient prêts à renouveler le généreux mouvement de 1792, les citoyens des plus hauts rangs, nobles, prêtres et riches bourgeois, fatigués d'une guerre qui troublait leur repos et contrariait leurs intérêts, hostiles, d'ailleurs, par principe à un gouvernement issu de la Révolution, appelaient de leurs vœux et saluaient de leurs acclamations ces armées coalisées qui devaient, pensaient-ils, ramener avec la paix Ja dynastie légitime des Bourbons.
Il fallut à Napoléon les hasards de la campagne de 1814 et les malheurs de celle do 1815 pour reconnaître combien les âmes étaient déprimées et les cœurs asservis dans ces hautes classes de la société qu'il avait gorgées de richesses et d'honneurs, ce qu'il y avait au contraire de courage civique et de, dévouement dans ces braves ouvriers des villes et dans ces robustes vignerons de la Champagne et de la Bourgogne qui lui avaient jusque-là donné sans compter, sans en avoir jamais rien obtenu.
Déranger constata — lui-même nous l'ap-^ prend (i) — la différence des sentiments qui ani-
(1) Ma Biographie j p. 160,
maient la grande majoritç de Taristocratie royaliste et le peuple, et quelques-unes de ses chansons Ont pour objet de flétrir les défaillances des uns et de chanter la vaillance et le patriotisme des autres. Ici, il fait allusion aux manifestations scandaleuses dont les dames du plus haut ^ monde, les nobles dames du faubourg Saint- Germain, donnèrent en 1815 l'affligeant specta- ; cle ; et, pour stigmatiser leurconduite, il célèbre, dans une chanson qu'il voulait rendre et qui devint en effet populaire^. la joie que les dames d'un certain monde éprouvent en apprenant le retour des étrangers (1) ; là, il montre des personnes du plus haut rang célébrant dans un joyeux banquet ce jour glorieux entre tous, où tant de rois ont par leur victoire « puni les Français rebelles et sauvé tous les bons Français, » ce jour où les étrangers, appelés par leurs voeux unanimes, ont « aisément ouvert les portes dont on leur avait livré les clés, » ce jour enfin qui rendit à la France la cocarde blanche et Thonneur, et sans lequel Dieu, mettant le comble à leurs maux, eût permis peut-être que les a trois couleurs. 5) flottassent sur la Tour de Londres (2) ;
(1) V Opinion de ces demoiselles,
(2) La Cocarde blanche.
l'aristockatie et le peuple , 89
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ailleurs enfin; il fait entendre lé chant de guerre\ du Cosaque, et, dans des vers où la vigueur le dispute à Tironie, il montre ee farouche soldat accourant en toute hâte au secours de ceux qui rappellent
LE tîHAI^T DU GOSAQtJE
Viens, mon coursier, noble ami du Cosaijue, Vole au signal des trompettes du Nord ; Prompt au pillage, intrépide à. Taltaque.
, Prête sous moi des^ailes à la Mort.
L'or n'enrichit ni ton frein ni ta selle ; Mais attends tout du prix de mes exploits.
Hennis d'orgueil, ô mon coursier fidèle !
Et fouie aux pieds les peuples et les rois. '
La Paix^ qui fuit, m'abandonne tes guides ', La vieille Europe a perdu ses remparts.
Viens de trésors combler mes mains avides ; Viens reposer dans l'asile des arts.
Retourne boire à la Seine rebelle, Où, tout sanglant, tu t'es lavé deux fois.
Hennis d'orgueil, ô mon coursier fidèle !
Et foule atix pieds les peuples et les rois.
Comme en un fort, princes, nobles et prêtres. Tous assiégés par des sujets souffrants, Nous ont crié : Venez, soyez nos maîtres ; Nous serons serfs pour demeurer tyrans.
J'ai pris ma lance, et tous vont devant elle Humilier et le sceptre et la croix.
Hennis d'orgueil, ô mon coursier fidèle I Et foule aux pieds les peuples et les rois.
J'ai d'un géant vu le fantôme immense
Sur nos bivacs fixer un œil ardent.
n s'écriait : mon règne recommence î
Et de sa hache il montrait l'Occident.
Du roi des Huns c^était l'ombre immortelle :
Fils d'Attila, j'obéis à ta voix.
Hennis d'orgueil, 6 mon coursier fidèle I
Et foule aux pieds les peuples et lès rois
Tout cet éclat dont l'Europe est si flère, Tout ce savoir qui ne la défend pas.
S'engloutira dans les flots de poussière Qu'autour de moi vont soulever tes pas.
Efface, efface en ta course nouvelle.
Temples, palais, mœurs, souvenirs et lois.
Hennis d'orgueil, ô mon coursier fidèle !
Et foule aux pieds les peuples elles rois.
A la bassesse et à la servilité des grands le poète oppose la vaillance et la mâle fierté des' petits. Un pauvre ménétrier, ménétrier de village, reçoit Tordre de faire danser les étrangers ; il refuse, et les étrangers brisent son violon. Son violon était son gagne-pain ; il était la consolation et la joie du village. Son violon brisé, il n'a pas deux partis à prendre : Tennemi lui (c a rendu
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le courage aisé; » un mousquet remplacera dans ses mains l'instrument dont onJ'a dépossède. Le Violon brisé est une des plus touchantes poésies de Béranger, une de celles qu'on ne peut lire sans un profond attendrissement.