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LE VIOLON BRISÉ

Viens, mon chien, viens, ma pauvre bêle; Mange, malgré mon désespoir.

Il me reste un gâteau de fête ; Demain, nous aurons du pain noir.

Les étrangers, vainqueurs par ruse, M'ont dit hier dans ce vallon :

« Fais-nous danser ! » Moi, je refuse ; L'un d'eux brise mon violon.

C'était l'orchestre du village.

Plus de fêtes 1 Plus d'heureux jours I Qui fera danser sous l'ombrage ?

Qui réveillera les amours ? -

Sa corde vivement pressée.

Dès l'aurore d'un jour bien doux.

Annonçait à la fiancée Le cortège du jeune époux.

Aux curés qui l'osaient entendre Nos danses causaient moins d'effroi.

La gaîté qu'il savait répandre Eût déridé le front d'un roi.

S'il préluda, dans notre gloire, Aux chants qu'elle nous inspirait, Sur lui jamais pouvais-je croire Que Tétranger se vengerait?

Combien, sous Torme ou dans la grange, Le dimanche va sembler long I Dieu bénira-t-il la vendange Qu'on ouvrira sans violon ?

Il délassait des longs ouvrages, Du pauvre étourdissait les maux ; .

Des grands, des impôts, des orages, Lui seul consolait nos hameaux. -

Les haines, il les faisait taire.

Les pleurs amers, il les séchait.

Jamais sceptre n'a fait sur terre Autant de bien que mon archet.*

Mais l'ennemi qu'il faut qu'on chasse M'a rendu le courage aisé.

Qu'en mes mains un mousquet remphice l^e violon qu'il a brisé.

Tant d'amis dont je me sépare Diront un jour, si je péris .:^ a II n'a point voulu qu'un barbare Dansât gaiement sur nos débris. »

Viens, mon chien, viens, ma pauvre béte ; Mange, malgré mon désespoir.

Il me reste un gâteau de fête ; Demain, nous aurons du pain noir.

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Les oUiciérs de faveur ; les soldats de la République et de l'Empire.

Une des premières mesures du gouvernement de la Restauration avait été, on le sait, d'ouvrir les. cadres de l'armée française à tous les émigrés et de leur conférer des décorations et des grades qu'ils n'avaient point gagnés ou, ce qu| était plus odieux encore, qu'ils avaient gagnés au service des ennemis de la France ; par contre, \ le gouvernement traitait avec un profond dédain et lésait dans leurs intérêts les plus chers les officiers et les soldats des armées républicaines . et de l'armée impériale. « Si vous voulez, avait dit Carnot dans une brochure publiée dans les premiers jours d'octobre 1814, si vous voulez aujourd'hui paraître à la cour avec distinction, gardez-vous bien de dire que vous êtes un de ces vingt-cinq millions de citoyens qui ont défendu leur patrie avec quelque courage contre l'invasion des ennemis, car on vous répondra que ces vingt-cinq millions de prétendus citoyens sont vingt-cinq millions de révoltés, que ces pré-

tendus ennemis furent toujours des amis. Dites que vous avez eu le bonheur d'être chouan ou vendéen, ou transfuge, ou Cosaque, ou Anglais, ou enfin qu'étant resté en France vous n'avez sollicité des places auprès des gouvernements ' éphémères qui ont précédé la Restauration qu'afîn de les mieux trahir et de les faire plus tôt succomber : alors votre fidélité sera portée aux nues, vous recevrez de tendres félicitations, des réponses affectueuses de toute la famille royale. »

Le poète qui avait flétri l'attitude indécente des nobles et chanté le viril courage et le généreux orgueil des humbles, ne devait-il pas, mû par un mèjne sentiment d'équité et de fierté nal,ionale, poursuivre de ses railleries ces officiers de fortune, traîtres à l'honneur et à la patrie, et réserver ses plus chaleureuses louanges pour ces braves soldats de la République et de l'Empire dont Tunique faute, aux yeux de ceux qui les abreuvaient d'injures, avait été de combattre héroïquement et de verser leur sang pour la défense et pour la gloire de la patrie? Les Mirmidons et le Vieux caporsil sont une satire sanglante, dirigée contre les preqjiers, comme le Bon Vieillard et le Champ d'asile sont

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un chant de gloire en r honneur des seconds. — ^ D'un côté, nous voyons les Mirmidons danser sur la tombe d'Achille et, le fouet à la main, se venger et sur la flotte et sur l'armée de l'oubli auquel on les a si longtemps condamnés, ou bien nous entendons les plaintes si réservées à la fois et si touchantes du vieux brave qu'un « morveux d'officier » n'a pas craint d'outrager et qui paiera durement la peine d'une ardeur trop prompte et d'un tempérament trop ' impétueux. D'un autre côté, nous applaudissons avec le bon vieillard à la valeur et aux exploits de guerriers dont les « palmes immortelles » ont à tant de Français « rendu cher un nouvel étendard », ou bien, accompagnant au delà des mers tant de valeureux soldats qu'on condamne à l'exil, nous implorons pour eux un lointain asile, et, pour l'obtenir, nous rappelons les hauts faits de ces intrépides guerriers, de ces armées indomptables, qui pendant vingt-cinq ans marchèrent de triomphe en triomphe et dont les drapeaux flottèrent sur toutes les capitales du monde.

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