‹ BérangerChapitre 19 sur 38 · LE CHAMP D'ASILE · texte numérisé non relu

LE CHAMP D'ASILE

Un chef de bannis courageux, Implorant jun lointain asile, A des sauvages ombrageux Disait : « L'Europe nous exile.

Heureux enfants de ces forêts, De nos maux apprenez Thistoire :

Sauvages, nous sommes Français; Prenez pitié de notre gloire..

« Elle épouvante encor les rois, Et nous bannit des humbles chaumes D'où, sortis pour venger nos droits.

Nous avons dompté vingt royaumes.

Nous courions conquérir la Paix, Qui fuyait devant la Victoire.

Sauvages, nous sommes Français ; Prenez pitié de notre gloire.

« Dans rinde, Albion a tremblé, Quand de nos soldats intrépides Les chants d'allégresse ont troublé Les vieux échos des Pyramides.

Les siècles pourtant de hauts faits N'auront point assez de mémoire.

Sauvages, nous sommes Français ; Prenez pitié de notre gloire.

« Un homme enfin sort de nos rangs ; Il dit : « Je suis le dieu du monde, m L'on voit soudain les rois errants Conjurer ça foudre qui gronde*

l'armée 97

De loin saluant son palais, A ce dieu seul ils semblaient croire.

Sauvages, nous sommes Français; Prenez pitié de notxe gloire.

« Mais il tombe ; et nous, vieux soldats, Qui suivions un compagnon d'armes, Nous voguons jusqu'en vos climats, Pleurant la patrie et ses charmes.

Qu'elle se relève à jamais Du grand naufrage de la Loire I Sauvages, nous sommes Français ; Prenez pitié de notre gloire, »

Il se tait. Un sauvage alors Répond : « Dieu calme les orages.

Guerriers! partagez nos trésors.

Ces champs, ces fleuves, ces ombrages.

Gravons sur Tarbre de la Paix Ces mots d'un fils de la Victoire :

Sauvages, nous sommes Français ; Prenez pitié de notre gloire I d

Le Champ d'Asile est consacré ; Elevez-vous, cité nouvelle I Soyez-nous un port assuré Contre la Fortune infidèle.

Peut-être aussi des plus hauts faits Nos fils vous racontant rhistoire, Vous diront: « Nous sommes Français; Prenez pitié de notre gloire, »

BâRANQfiB.

Napolécfn.

Pouvait-on parler du peuple sans parler en même temps de celui en qui le peuple avait mis toute sa confiance, et sans lequel il semblait au peuple que toute lutte fût impossible ? Pouvait-on chanter les soldats d'Arcole et d'Austerlitz, d'Iéna et de Friedland, sans chanter en même temps celui qui les conduisit si longtemps à la victoire, qu'ils chérissaient comme un père et auquel ils restèrent fidèles et dévoués jusqu'à la mort? Républicain, Déranger n'avait pas oublié les rigueurs du despotisme impérial, et le souvenir du roi d'Yvetot ne s'était pas effacé de sa mémoire; mais Déranger nMgnorait pas non plus que libéraux et impérialistes faisaient cause commune co itre le gouvernement réactionnaire delà Restauration, qu'une faction du parti libéral s'était abritée sous le drapeau de Napoléon et que, si « beaucoup arboraient ce drapeau

par regret, beaucoup l'arboraient par tactique (1).» ^

(1) Emile Montégut, Revue des Deux-Mondea, 1857.

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