‹ Béranger et Lamennais, correspondance, entretiens et souvenirsChapitre 102 sur 119 · TOMBEAU DE BÉ RANGER · texte numérisé non relu

TOMBEAU DE BÉ RANGER

qu'à quelques-uns : ce n'est pas assez. En vous rendant plus de justice, vous auriez pu être meilleur encore.

« Ne m'aviez-vous pas dit que vous feriez un voyage à Paris avec votre élève, ou l'ai-je rêvé? C'est peut-être parce que je le souhaite. Adieu, Judith vous fait ses amitiés, et moi je suis tout à vous de cœur, (4 juillet 1843.) »

J'avais écrit à Déranger que Gœthe trouvait dans ses chansons un parfum oriental. Cette nouvelle fut, j'en suis certain, un baume excellent pour son mal, et l'oubli de ses douleurs me valut cette longue et précieuse lettre. Le poëte parle encore de la peur de la mort qu'il ressentait. Pourtant il mêlait fièrement, à la manière des épicuriens, l'image de la mort, dans ses discours ou dans ses vers, en couronnant, il est vrai, le spectre de roses. Il disait : « J'aurais du mourir pendant la révolution de Juillet; j'aurais été enseveli par le peuple vainqueur dans son triomphe. » Il m'a dit bien des fois qu'il voulait être enterré avec les pauvres, tout en rappelant néanmoins qu'une place l'attendait dans le tombeau de Manuel. Je lui ai entendu dire à son chargé d'affaires, M. Béjot : « Je veux qu'on me jette dans la fosse commune. Si vous me bâtissez un tombeau, je me relèverai; à coups de pied, à coups de poing, je démolirai votre tombeau. » Il ne prévoyait pas qu'on l'enterrerait comme un prince. lien eût bondi jusqu'aux nues.

J'ai également entendu dire à M. de Lamennais qu'il avait sollicité l'honneur d'être inhumé aux pieds de M. de Chateaubriand, sur un îlot orageux, devant Saint- Malo. Ce sépulcre, au sein de l'Océan, convenait à

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