‹ Béranger et Lamennais, correspondance, entretiens et souvenirsChapitre 104 sur 119 · FLORAC · texte numérisé non relu

FLORAC

rairesct leurs triomphes de théâtre ou de forum. Mais je deviens à leur insu leur courtisan depuis que^ renversés du pouvoir et de la trihune^ ils sont montés l'un dans la pauvreté, l'autre dans l'exil. On me pardonnera sij comme le petit oiseau de la chanson, je m'écarte un peu de mon chemin pour aller d'un coup d'aile, messager de deuil et d'espoir, porter sur la terre étrangère, à un illustre proscrit, l'hommage d'un illustre mort.

Béranger me demandait toujours des nouvelles de mes travaux et des cantons que j'hahitais, et je reproduis ici ces détails qui l'intéressaient et qu'il communiquait à M. de Lamennais. Tous les printemps, nous remontions sur la colline de Florac, le Meudon des armateurs bordelais. La villa que nous habitions, n'était qu'une immense case avec un portique décoré de fleurs exotiques, assise sur la pelouse, au milieu des vignobles, dans un groupe de chênes, d'ormes, de marronniers, de cyprès et de magnolias jetés en désordre sur les escarpements du coteau. Nul site n'est plus élégant, mais il n'a pour raviver ses herbes mourantes que l'ombre de quelques bouquets de bois, l'eau des piscines, où se recueillent les pluies du ciel, et une petite source agreste qui jaillit d'une grotte revêtue de lierre comme un antre bucoHque. C'est de ces hauteurs qu'il faut voir Bordeaux , avec ses flèches et ses dômes lointains; le jour, pavoisé des pavillons de sa rade; la nuit, constellé des lumières de son port comme d'un croissant d'étoiles; ou bien, le soir encore, lorsque les sombres masses des tours et des coupoles se détachent sur le ciel du couchant, où le soleil, embrasant les vapeurs

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