L ÉVANGILE
des vallons. J'en parlais dernièrement à Eugène Sue. (( Et d'où tirez-vous donc ces admirables choses?» me demanda l'auteur du Juif errant. — De l'Evangile, mon cher. Vous êtes un chrétien qui n'a jamais lu l'Evangile. Lisez donc l'Evangile, et opposez-le aux jésuites, dans vos romans. N'inventez pas de fictions. L'antidote du jésuitisme, c'est l'Evangile; l'antipode d'Escobar, c'est Jésus. Jésus n'est ni le moine, ni le prêtre, c'est l'homme. Le moine se place au-dessus de la nature; le prêtre se tient en dehors de la société; le Christ reste dans la nature, dans la société, dans l'humanité. Il tient aux entrailles mêmes du genre humain. Et c'est pour cela même qu'il est réellement divin. Il faudrait donc apprendre au peuple à bien distinguer : autre est le prêtre, autre la religion; autre le christianisme de Rome, autre le christianisme du Christ ! »
Ainsi parlait Déranger; il disait : Lisez l'Evangile! comme Lafontaine : Avez- vous luBaruch?Son Christ n'était, à la vérité, qu'une espèce de Socrate du Pont- Neuf. Il peut paraître étonnant que Sue, à quarante ans, n'eût pas lu l'Evangile. Mais la surprise sera moindre, quand je dirai qu'une dame, qui écoutait Déranger, demanda ce que c'était que l'Evangile. Et Déranger lui-même en parlait comme d'un livre tout récemment tombé du ciel. Ainsi, les trois quarts du peuple très chrétien ignorent le livre sacré des chrétiens, et beaucoup de Parisiens sont, sur ce point, en arrière des sauvages de la Polynésie.
C'est à ce même repas que l'un des convives, et le plus éminent après notre illustre amphitryon, prétendit