‹ Béranger et Lamennais, correspondance, entretiens et souvenirsChapitre 111 sur 119 · MOINES SALTIiIB.4NQTES · texte numérisé non relu

MOINES SALTIiIB.4NQTES

que le P. L..., à propos de reucharistie , avait traité, dans la chaire de Notre-Dame, du rôle des lèvres dans l'amour. C'était un académicien qui nous dit cela, sceptique il est vrai, mais sérieux, et dont l'indignation nous garantissait la sincérité. Aussi, nul de nous ne douta de la vérité de son affirmation, car on savait d'ailleurs que rorateur dominicain avait l'habitude de saler son éloquence de singularité et de sophisme. Béranger, comme je l'ai dit ailleurs, en fut également révolté. Il n'aimait pas le tréteau dans la chaire, ni les grelots dans le temple. Il avait pour les dominicains une insurmontable aversion; il s'écriait hors de lui: «Les tragiques bateleurs! les féroces arlequins! » Et le grave académicien ajouta : « On devrait bâtonner ces moines saltimbanques ! » Béranger, qui riait de tout, avait horreur que, par ambition ou charlatanisme, on se jouât sacrilégement à faire des évocations du passé. Or, et c'est ce qui explique son exaspération, le P. L... avait évoqué du sépulcre des temps le spectre le plus affreux du moyen âge, l'ordre de l'inquisition, qui a dévoré un million d'Albigeois. Pour le calmer un peu, je racontai qu'il existait dans les landes de Bordeaux une pauvre servante de curé qui , par la mort de son vieux maître, restée seule et sans pain, n'était occupée dans sa cabane qu'à fder jour et nuit, pour racheter l'âme de son cher défunt, des peines du purgatoire. «Ah! s'écria Béranger avec enthousiasme, voilà la vraie religion ! voilà l'Evangile ! — L'Evangile ! non pas, répondis-je vivement; ce n'est qu'une superstition touchante qui sert d'enveloppe à la fidélité la plus pieuse et la ji^lus tendre. » Béranger parla de recom-

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