ADMIRABLE LETTRE
châtiment qu'il s'est attiré. Loin^ bien loin de cela, il n'en présume que mieux des dispositions du disciple récalcitrant. Oui, mon ami, vous ne m'avez jamais si bien donné la mesure de votre force intérieure. Malheur à ceux qui s'offensent d'une pareille repartie ! D'ailleurs, je crois vous l'avoir dit quelquefois : je me suis de bonne heure habitué à ne reconnaître d'autorité que celle des sens, et si je devenais une autorité absolue pour quelqu'un, je n'estimerais plus cette personne. Usez-en donc toujours ainsi avec moi. Je ne pardonne pas à la malveillance, mais j'aime la vérité et vous avez dû. voir que je sais me la dire plus durement que Janin ne l'a fait.
«Je voudrais bien pouvoir vous parler de vos poésies, mais il y a près d'une douzaine de jours que je suis retenu à Paris par des douleurs de tète d'une violence extrême. J'ai vraiment cru que je perdrais le peu de cervelle que Dieu m'a donné. Je ne pouvais ni lire ni écrire, ce qui m'a empêché de vous répondre plus tôt. Enfin je vais mieux et compte retourner à Passy dans peu de jours. Je ne quitterai plus votre manuscrit que je n'ai fait que parcourir et où la poésie abonde, mais que je veux considérer à la loupe, dussicz-vous me dire encore que j'aurais bien fait d'y faire passer mes chansons. Ces pauvres chansons, on leur en veut bien ! Ce sont pourtant d'assez bonnes filles. Mais, hélas! leur printemps est passé ! Vous êtes en plein dans le vôtre, vous, mon cher N..., ou je suis bien trompé, ou à ces fleurs succéderont les plus beaux fruits. Ne vous découragez donc pas, et moquez-vous des vieux sermonneurs. Tout à vous de cœur. (25 septembre 1832). »