M. ROBERT
tobre, me fut remis par Déranger avec le manuscrit où, soit dit en passant, le mot verdelet relevé par M. Sainte- Beuve ne se trouvait pas, bien qu'il ranfermât d'autres juvénilités et mignardises de langage. L'automne était arrivé, mon élève avait obtenu le baccalauréat; mon court préceptorat touchait à son terme, je l'avais commencé par la moisson des violettes, et je le terminai, perché sur les arbres, par la récolte des pommes et des raisins. Mon premier soin, en entrant dans Paris, fut de m'acquitter envers Déranger, chose à laquelle il fut d'autant plus sensible qu'il y était peu habitué. Je payai en même temps les habits dont j'avais eu besoin dans le dernier hiver. Dès les premiers jours. Déranger m'avait recommandé à son tailleur, M. Robert, établi au coin de la rue Montmartre et de la rue de la Jussienne. Ce brave homme me fournit des vêtements sans espoir, peut-être, d'en toucher jamais le prix, à moins qu'il n'eût tacitement la caution de Déranger. C'était un ancien soldat de la Loire, compromis dans quelque conspiration contre les Dourbons. Déranger l'avait connu à Sainte-Pélagie. A leur sortie de prison, le poëte conseilla au soldat de reprendre ses ciseaux ; il lui procura du crédit, et lui donna sa pratique, commencement et augure de sa future clientèle. M. Robert, excellent citoyen, transforma, dans nos malheureuses guerres civiles, ses ciseaux en épée, devint commandant de la garde nationale, ofiicier de la Légion d'honneur, et maintenant est resté fidèle, bien qu'ancien soldat de l'empire, à cette sage liberté qu'il a vaillamment défendue jadis dans les rues de Paris. Peu d'hommes sont plus modestes et plus honorables, et je serais heureux