LETTRE DE CHATEAUBRIAND
même de la catastrophe; il revenait des obsèques, me lut en sanglotant ce triste billet d'adieu, et la réponse, aussi bien que la préface désirée, fut, un an après, cette élégie où le poëte consterné s'écriait : Suicide affreux! C'est Thémistiche effectivement un peu obèse qu'attaquait M. Lebrun et que défendait tant bien que mal Déranger. Tout est grave pour ces délicats esprits; je ne pris point de parti dans cette querelle amicale de linguistique; j "étais plus sérieusement affecté de ces deux vers qui forment comme la moralité de ce chant funèbre :
Aimer^ aimer, c'est être utile à soi;
Se faire aimer, c'est être utile aux autres !
Les deux poètes ne firent point de réflexion sur ces deux étranges vers; mais si une femme eijt été là, jNIadame Lebrun, par exemple, elle eut certainement protesté contre l'indélicatesse de cet amour utilitaire et phalanstérien. Mais une grande lacune existe dans la poésie de Déranger. Le chansonnier n'a pu célébrer ou peut-être n'a jamais connu le véritable amour. La femme n'a pas de place dans cet épicurisme; on n'y rencontre guère que la courtisane. Le chantre du Dieu des bonnes gens met l'actrice et la nonne au même rang dans son cœur comme dans le ciel.
M. Lebrun loua dignement la chanson du Colibri qui effectivement est un petit poëme dérobé à l'Orient, aux chantres de l'Arabie ou de la Peree. A propos de l'ode adressée à M. de Chateaubriand, Déranger nous lut le billet de remercîment qu'il venait de recevoir. « Vous chantez harmonieusement du fond de vos années. » lui