LA CHASSE
Et rapporte une colombe^ Hôtesse de cette combe, Dont l'âme d'effroi succombe.
Hélas! et requiert merci.
Il prend la pauvre captive.
Et la délivre à l'instant.
Baise sa gorge plaintive Que bat son cœur palpitant.
Il l'apaise, il la caresse; Mais, ô merveille, ô tendresse.
Du cœur pouvoir souverain !
L'oiseau d'amoureux augure Prend une longue envergure.
Croît, change, et se transfigure En blanc simulacre humain !
On dirait la pâle nymphe Qui, de ce mont sulfureux, Répand la magique lymphe Dont l'onde roule des feux.
Comme l'aube dans l'orage.
Son front de douleur s'ombrage; Et sa chevelure d'or, Sur son sein pur qui fermente.
Flotte au vent qui la tourmente.
Comme une onduleuse mante.
Qui sur l'herbe traîne encor.
Le fantôme se dégage Des doigts crispés du chasseur ; Se recule et du bocage Gagne la sombre épaisseur.
L'orage en pliant la branche Montre la figure blanche Debout sur les prés herbus; Là, comme une âme envolée.
Sa voix plaintive et voilée.
Aux soupirs du vent mêlée.
Murmura : « Ci'uel Phébus!
DU COMTE PHÉEVS. (33
« Phébus cruel que j'adore.
Pourquoi viens-tu sur ce bord, Claasseur, me poursuivre encore, Hélas, jusque dans la morL?
Beau chasseur aux traits de flamme.
Tu blessas deux fois mon âme, D'amour, puis d'oubli mortel!
Reconnais ta fiancée!
Vois ta plus tendre pensée !
Vois ta blonde trépassée, Alice de Berbeziel !
« Lorsque des murs des Montcades,
Tu vins la première fois
Voir nos monts et nos cascades
Et les vieilles tours de Foix,
Tu passas sous ma fenêtre,
Où l'aube venait de naître
Dans l'or du vitrail vermeil.
Et mon cœur, dans l'ombre encore.
Sous ton regard, sent éclore.
Parmi ses rêves qu'il dore,
L'amour, son divin soleil.
« Puis un soir, une colombe Me trouva sous la forêt :
«Vierge, dit-elle, il succombe!
« Il se meurt d'amour secret!
« — Hélas ! » dis-je. Et l'infidèle Soudain part et te révèle Mon angoisse et mon amour.
Et tu revins à la vie Pour moi brillante et ravie, Moi ton bonheur et l'envie De l'Arise et de l'Adour !
« 0 souvenirs que j'adore !
Un soir de lune d'été, Mon Phébus, sur ta mandorre, Tu célébrais ma beauté!
Ci LA CHA?SE
Moi, j'écoutais tes ballades.
Nos âmes d'amour malades Soupiraient! L'hymne au doux son Se tut! Et ta lèvre errante Cherche ma lèvre mourante!
Et la harpe murmurante Roule, hélas, sur le gazon !
« Phœbé d'un nuage sombre
Voila son front virginal !
Puis, tu t'enfuis comme une ombre
Sous le rayon matinal.
Tu partis, et délaissée.
Triste et plaintive et blessée.
Je mourus en t'adorant.
Dieu, clément pour qui succombe^
M'arrache^ hélas ! de la tombe,
Et me transforme en colombe.
Oiseau toujours soupirant.
« Je vivais dans ce bocage Avec ton doux souvenir.
Avec ta céleste image, Disant : Il va revenir !
Après un long mois d'attente.
J'entends ta meute éclatante.
Et ton cor tendre et vainqueur, Dans sa fanfare plaintive, Aux vents du soir fugitive.
Perce une douleur furtive.
Palpite un sanglot du cœur.
« J'ai dit : « Phébus m'aime encore^ « Je sens son secret tourment! »
Et mon âme qui t'implore Pousse un long gémissement.
Ton âme l'a reconnue.
Et palpitante est venue, Comme une sœur vers sa sœur.