BÉRANGER A FONTAINEBLEAU
hommages de ces beaux génies. 11 en est de même de la Gloire, qui vint le trouver dans sa mansarde, et que maintenant il semblait fuir dans les bois.
Vers la fin de cet été, en eflfet, pour s'éloigner plus encore des importuns, et, je crois aussi, des révolutions, il quitta Passy. Il se réfugia, comme un oiseau d'automne, dans les forêts, à Fontainebleau. Il m'écrivit quelques jours après les motifs de son éloignement:
« Je ne me porte pas très bien non plus, mon cher enfant; mais cet ennui et quelques contrariétés démon installation ne m'empêchent pas de me féliciter de la retraite que je me suis choisie. J'avais un grand besoin derepos queje ne puis qu'attribuer qu'à mes cinquantecinq ans et à la fatigue que l'âge amène nécessairement avec lui. Peut-être direz-vous que je ne suis pas encore ce que dans le monde on appelle vieux. Je le sais, mais je sais aussi que la vie m'a é\é difficile et que mon caractère n'a pas autant de force que de rectitude. Je puis donc être fatigué plus encore que vieux. Toujours est-il que, si le bon Dieu veut me laisser paisible dans mon ermitage, je lui en rendrai des actions de grâces ! (3 septembre 1835.) »
On aime entendre, sur les lèvres du poëte épicurien, cet elungavi in solitudinem du prophète. On aime à voir son cœur, reconnaissant de la paix qu'il trouve au désert, se retourner avec amour vers Dieu. Béranger me pressait d'aller le voir; je n'y manquai pas : le temps était pluvieux; et je ne connais pas de séjour plus triste en hiver que Fontainebleau avec les