‹ Béranger et Lamennais, correspondance, entretiens et souvenirsChapitre 55 sur 119 · SON CARACTÈRE · texte numérisé non relu

SON CARACTÈRE

homme qui soit au monde; mais le voilà sans carte et sans boussole, et rien ne garantit qu'il n'échouera pas au premier écueil. Cet homme avait besoin d'une route toute tracée d'avance. Hors du catholicisme, car il en est sorti, il n'a pas ce qu'il faut pour s'orienter. J'ai fait œuvre de charité, moi philosophe, d'essayer de lui indiquer son chemin. Mais je crains bien qu'il ne m'en sache pas très bon gré. C'est pourtant par l'attachement qu'il m'inspire que je me suis laissé entraîner à le morigéner.

« Vous avez bien jugé la nature de son esprit. Mais savez-vous que, avec ce petit corps, il a été jadis un vert galant? que c'est pour s'arracher aux plaisirs sensuels qu'il a endossé la soutane? Savez-vous que cet extrait d'homme était un ferrailleur redoutable? Et en effet, toute sa vie devait être une longue escrime. 11 eût dû naître en des temps de terreur. Aujourd'hui, on ne peut être ni Luther, ni même Savonarole. Que sera-t-il? Un homme d'un immense talent, ce qui ne préserve pas des sottises individuelles et des embûches des roués. Je voudrais l'en sauver, mais j'en serai pour mes frais. Heureux s'il ne m'ôte pas un peu de son amitié pour en avoir eu trop pour lui.

« ... Où en êtes-vous avec vos Camisards? Et la poésie, a-t-elle son tour? Dites-moi cela dans une prochaine lettre. Mais que je vous dise un mot de moi : Je me plais beaucoup à la Grenadière, qui n'est pas à côté de Marmoutiers, mais en remontant vers Nantes et très près du pont de Tours. Je fais planter force arbustes dans mon jardin, qui n'est pas riche en ombre. Ce qui me fâche, c'est que j'ai presque toujours été souffre-

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