FRÉQUENTER LES GUANDS HOMMES
m'en suis jamais fipcrçu. C'est une nature poétique, éloquente, plus propre aux allocutions qu'à l'argumentation. Le fond de son cœur est excellent, malgré certaines habitudes qui sentent l'égoïsme naturel à sa robe, mais qui chez lui n'ont pu prendre racine qu'à la superficie. Je lui ai écrit, d'après une lettre d'un de ses parents, au sujet de propositions que Madame X. lui avait faites, et je l'ai engagé à les accepter, lui donnant sur cette dame tous les renseignements honorables que je tenais de vous. Seulement, je crois devoir vous dire à vous que si Madame X. tient à lui conserver les soins dont il a un si grand besoin et dont il est si digne, il faut lui laisser une liberté absolue. La moindre gêne inquiéterait son amour d'indépendance.
« En écrivant à Lamennais je lui ai parlé de vous, et comme j'étais siîr que, défiant comme vous l'êtes, vous ne lui feriez pas même ces prévenances auxquelles son âge et son mérite lui donnent des droits, je vous ai peint comme un peu sauvage, mais en lui donnant de vous l'idée que j'en ai. Je lui sais gré des avances qu'il vous a faites, et je désirerais que vous en profitassiez, pour vous mettre avec lui sur le même pied que vous êtes avec moi. Quand on est jeune, il ne faut jamais négliger ces rencontres; il est un temps où l'on est étonné des (rainées de lumière qu'elles laissent dans notre esprit. Je dis cela pour lui, bien entendu, et non pour moi, avec qui il n'y a pas grand'chose à gagner; mais le peu que je vaux je le dois bien plus aux hommes que j'ai cultivés qu'aux livres que j'ai lus.
« Lamennais, qui m'écrit en même temps que vous, me dit que Madame X. l'a chargé de m'engager à vi-