‹ Béranger et Lamennais, correspondance, entretiens et souvenirsChapitre 69 sur 119 · ÉTUDES · texte numérisé non relu

ÉTUDES

tues; le tout à grand renfort de scandale et de crapule. Le fils d'Apollon, qui trébucha du ciel dans les marais de TEridan, ne chavira pas de plus haut que M. de Lamennais qui, de son idéal théocratique, tombait inopinément dans les fanges de ce cléricalisme rustique. Il souffrait cruellement, non pas tant de l'histoire en ellemême, que de la réfutation villageoise de son système transcendental, et de l'étalage qu'en faisait complaisamment devant moi le fauve narrateur. Je fus obligé d'arracher mon compagnon à ce vieux paysan narquois qui s'acharnait innocemment à terminer l'interminable épopée des rats et des grenouilles de la Champagne pouilleuse.

M. de Lamennais s'intéressait à nos études; il fit traduire à mon élève dix vers du VI^ livre de V Enéide. Rien de plus médiocre que son corrigé. Il était évidemment aussi incapable de rendre Virgile que Rousseau de reproduire Tacite. Le génie ne traduit pas, M. de Lamennais savait fort mal le latin et attribuait la complète incapacité où il était d'écrire dans cette langue à l'étude qu'il en avait faite solitairement. En cela, il était fort inférieur aux grands docteurs gallicans, les Arnauld, les Bossuet, les Fénelon. Il voulut voir aussi ce que je barbouillais : je n'osai pas-lui montrer mes petits poëmes pyrénéens, bien qu'ils eussent obtenu le suffrage souverain de Béranger, Mais je soumis à l'illustre prosateur quelques fragments de mon histoire cévenole que j'écrivais à Frescu. Mes héros évidemment lui étaient antipathiques ; il daigna pourtant en lire la chronique guerrière, et me dire ce qu'il en pensait. Il blâma dans mon œuvre ce qu'il appelait le côté juif, c'est-à-dire le

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