BÉRANGER CACHE A FONTENAY. J
reconnu, à coté d'anciens amis en promenade dans la forêt. Quelques intimes cependant venaient le visiter en secret. Je vis là quelques instants madame B., une fort belle femme, dont on vantait beaucoup la bonté, et qui depuis a épousé M. Scribe. Le chansonnier était en délicatesse avec le vaudevilliste. L'auteur comique, dans son discours de réception à l'Académie, avait prétendu que les chansons de Déranger étaient des odes. C'était aristocratiser les chants populaires du chansonnier. Il voulait être un chansonnier et non un poëte; quand par hasard on lui parlait de sa muse, il ne manquait jamais d'ajouter aussitôt ce diminutif : ma musette! Il lui plaisait d'être le roi des chanteurs de carrefour. Ce grand homme avait une multitude de petits manèges de renommée. Dans le cas actuel, c'était, on le voit, une querelle de famille, et Madame Scribe, amie de la Chanson et épouse du Vaudeville, dut sans peine réconcilier le frère et la sœur.
Je revis aussi à Fontenay un adjoint de Tours dont, par reconnaissance, j'aurais dû conserverie nom; mais j'ai la mémoire du cœur. Je lui rappelai une anecdote qui me revint avec le souvenir d'une ballade populaire que j'aiiais entendue enfant dans mon pays. En 1814, l'armée de la Loire n'était séparée de l'armée prussienne que par le fleuve. Les dames légitimistes de Tours voulurent aller rendre visite sur l'autre rive à leurs amis les Prussiens. La sentinelle française leur permit le passage du pont; mais le soir, quand ces nobles dames, après une journée de fête dans le camp étranger, se disposèrent à rentrer dans la ville, les baïonnettes bonapartistes se croisèrent et leur barrèrent