‹ Béranger et Lamennais, correspondance, entretiens et souvenirsChapitre 99 sur 119 · M. HENRI MARTIN · texte numérisé non relu

M. HENRI MARTIN

vœux^ que nous recevons avec grand plaisir, y changeront peut-être quelque chose. Recevez tous les nôtres, et xJonnez-moi un peu plus souvent de vos nouvelles, sur, comme vous devez l'être, qu'elles me seront toujours agréables. A vous de cœur. (23 janvier 1843.) »

Mais le témoignage qui m'a le plus touché, parce qu'il vient d'un écrivain consciencieux, impartial, et que je ne connaissais alors que par ses travaux, c'est celui de M. Henri Martin. Voici la note qu'il a insérée, tome XVI, page 589 de son Histoire de France : o Voir sur la guerre des Gévennes, l'histoire des Pasteurs du désert, par N. P., Paris 1842, livre émouvant et profondément original qu'on a peine à croire écrit par un de nos contemporains, tant les passions et les croyances d'une autre génération y revivent en traits de feu. L'auteur a fait comme ce vieillard des tombeaux dont parle Walter Scott dans les Puritains : il n'a pas seulement restauré les épitaphes de ses héros; il les a fait sortir vivants de leurs sépulcres. Cette exhumation huguenote a mieux réussi que les pastiches où le fanatisme prétentieux et maniéré a voulu singer la naïveté du moyen âge catholique. »

Il est doux de voir tout à coup surgir de la foule un ami inconnu, surtout quand c'est un homme équitable et illustre, quand c'est le plus sage, le plus complet, le plus classique historien de la France. On voit que l'opinion de M. H. Martin est identique avec celle de Déranger : selon lui, mon livre offre un intérêt égal à celui des romans de Waller-Scott. J'ajouterai, pour eu

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finir, que des témoignages d'estime ni'arrivent tous les jours de Suisse, d'Allemagne, d'Angleterre et même d'Amérique. Ce livre a été un vigoureux coup de cloche qui a réveillé les études historiques dans l'Eglise réformée de France qui maintenant fouille partout ses archives et interroge incessamment ses tombeaux.

Ces vieilles mœurs protestantes dont je venais de tracer un tableau rustique et guerrier, j'en retrouvais dans la maison où j'étais, un reste notable, mais d'un caractère pacifique et grandiose. Mon patron avait été élevé en Angleterre, sa femme, quoique Bordelaise, était Anglaise de race, et sa famille formait comme une colonie anglo-française. Le vieux huguenotisme s'était retrempé à ce contact britannique. Tous les dimanches, à la campagne, mon patron, à la manière des lords anglais, rassemblait ses enfants et ses serviteurs pour le culte divin. Evêque domestique, il lisait un chapitre de la Bible et les prières liturgiques. Ce vieillard disant d'une voix grave : Seigneur, aie pitié de nous! et ses enfants et ses serviteurs prosternés répondant : Seignevr, aie pitié de nous qui ne sommes que des pécheurs! présentaient un tableau religieux des anciens temps profondément émouvant. Tous les matins une prière plus courte avait également lieu, et l'on ne se mettait point à table sans invoquer la bénédiction du Seigneur. Cette table immense réunissait quelquefois une trentaine de convives. Noël offrait surtout un spectacle domestique d'un caractère patriarcal. Noël est la solennité favorite des Anglo-Saxons. L'Eglise et le réfectoire, ce jour-là, se décorent de houx, ce laurier du Nord. Alors on tuaitle veau gras; les vins d'or de Bar-

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