V8 DERNIÈRES CHANSONS
lébré Rose et bien d'autres concurremment avec Lisette, mon héroïne poétique. Mais je ne suis pas un Pétrarque, un Lamartine, un poëte sentimental. Cette multitude d'amours convient à un chansonnier qui, sensuel et volage de profession, ne se contente pas d'une fidélité platonique. Le coq le plus fidèle de cent poules est V amant, a dit l'abbé de Chaulieu : un abbé ne peut mentir. Pourquoi serais-je plus constant qu'un abbé? » — C'est ainsi qu'en toute occasion il cherchait à justifier son œuvre et à rester dans son rôle convenu de poëte bachique. La chanson, ce tréteau de carrefour, était pour lui comme une tribune politique et comme une chaire de morale populaire. Pour rassembler la foule autour de lui, il faisait retentir ses grelots et son tambourin. Comme Rabelais, son grand aïeul, il se barbouillait de lie pour débiter sa sagesse épicurienne. Ce rieur était grave, triste, mélancolique, comme Molière. Il n'aimait pas dans les jeunes écrivains la bouffonnerie, le sarcasme, le cynisme. « Ne chassez pas, leur disait-il, sur mes terres; cet oiseau-là ne vaut rien ; c'est mon gibier. »
Béranger m'avait fait l'honneur de m'envoyer, avant même qu'elles fussent en vente, un exemplaire de ses Dernières Chansons. J'allai l'en remercier à Passy, et je trouvai chez lui M. Lebrun, venu sans doute pour le môme motif. L'auteur de Marie Stuar t critiqua, comme trop long d'une syllabe, le premier hémistiche du quatrième vers de la chanson sur le Suicide d'Escousse. Ce jeune dramaturge, avant de s'asphyxier, avait écrit à Bcranger une lettre pour lui annoncer sa mort, et le prier d'honorer d'un mot de préface le recueil futur de ses tragédies. J'étais allé voir Bérancer le lendemain
LETTRE DE < H \TF URRIASD. l!)
même de la catastrophe; il revenait des obsèques, me lut en sanglotant ce triste billet d'adieu, el la réponse, aussi bien que la préface désirée, fut, un an api cette élégie où le poète consterné s'écriait : Suicide affreux! C'est ^hémistiche effectivement un peu obèse qu'attaquait M. Lebrun et que défendait tant bien que mal Béranger. Tout est grave pour ces délicats esprits; je ne pris point de parti dans cette querelle amicale de linguistique; j'étais plus sérieusement affecté de ces deux vers qui forment comme la moralité de ce chaut funèbre :
Aimer, aimer, c'est Hre utile a soi; tire aimer, c'est Aire utile aux air
Les deux poètes ne firent point de réflexion sur ces deux étranges vers; mais bî une femme eut été là. Madame Lebrun, pu exemple, elle eût certainement pro-
testé contre l'indélicatesse de COl amour utilitaire et phalanstérien. Mais une grande lacune existe dans la
lie de Béranger. Le chansonnier n'a pu célébrer ou
peut-être n'a jamais connu le véritable amour. La
femme n'a pas de place dan- col épicurisme; on n'y rencontre guère que la courtisane. Le chantre du Dieu det '>"i<i met l'actrice el la nonne au même rang
dans son coeur comme dan- le ciel.
M. Ij brun loua dignement la chanson du Colibri qui effectivement est un petit poème dérobé à l'< hrient, aux . h intrea de l'Arabie <»u de la Per e. A propos de l'ode adr< i M. de Chateaubriand, Béranger nous lut le billet de remerclment qu'il venait de recevoir, i Vous chantez harmonieusement du tond de vos années. » lui
."') IF. BRIHCB LT'CIF.N BONAPARTE.
disait rautcur de René. Béranger respirait avec bonheur cet encens; il s'enivrait avec délices de ce parfum brûlé par une si noble et si poétique main. Il le rendait avec reconnaissante au grand et vénérable Homéride. «Quel large et superbe style, disait-il, que celui de M. de Chateaubriand, et quelles œuvres brillantes et magnifiques! Comment peut-il craindre de ne pas arriver à la postérité en compagnie de René, de Velléda, de Cymodocée et du Dernier Abencérage! » Et tout en combattant l'injuste inquiétude qui tourmentait le vieux barde armoricain, le chansonnier semblait croire en son cœur qu'il est plus aisé de franchir l'abîme des temps sur l'aile de la colombe d'Anacréon ou du colibri de Béranger.
Béranger avait dédié ces chants de sa vieillesse au prince Lucien Bonaparte, le Mécène de sa jeunesse infortunée. Le prince exilé répondit à cet hommage littéraire en homme politique et en frère de Napoléon. « J'ai fait la sourde oreille, me dit le poëte en me racontant cette ouverture inattendue. Louis-Philippe est le roi qu'il faut à la France. Napoléon est un phénomène isolé. Le gigantesque empereur absorbe sa dynastie. D'ailleurs le despotisme militaire serait l'infirmité radicale de la dynastie napoléonienne. La liberté sera l'immortel honneur de la dynastie d'Orléans. » Ainsi parlait Béranger un jour que nous allions de sa maison vers Auteuil. Plus tard, il reçut la visite de plusieurs jeunes Bonaparte auxquels la débonnaireté de Louis-Philippe avait rouvert les portes de la France. Le olian (Minier fut flatté de Phommage que lui rendaient 0« princes exilés; mais en môme temps il évitait jus-
qu'à la renconli I nrifiail l'em-s
ur donl il admirait fépée, maisdotil il détestait le sceptre; chantre (Je la paix el de la libei lé, il accueillait les, neveux du despote impérial, ei se dérobai! aux tils chevaleresques du sage et libéral monarque dont il louait |ea vertus, qu'il avait plané sur ton trôna, et entre les mains duquel il voyait avec amour les d<
3 futures de la France, Tristes contradictions qu'i xp!i(juent ce perpétuel besoin d'hommage et dope
larité qui tourmentait le cu-ur «lu poète jusque dans - |
solitude, Béranger se jouait a ébranler la trône de Juillet, soit
en recevant les newux de l'empereur Comme >impl« s citoyens, il i. SOil en proclamant l'avénci:
plUS ou moins lointain de la république, comme un pur rêve. Pana ses !>■ CkflUOM, il s"amusait à
prophétiser, d'après Nostradamus, qu'en l'un deux mil, date même douteuse, <>n verrail le dernier de nos vois maire, de Ueuden* Résolus <\r passer l'été à la campât gne, nous nous établîmes, dès le mois d'avril, à Bellerue, près du baSSia de l'allée Melanie. et nOUS ti'oii\à-
iii.-. dans notre villa, quelque chose qui nous rappelait ce futur magistral capétien. Kousaviom pourooneii
une tille de L<»'us \\ ; , die -appelait ITaiiquette. diminutif du nom de >mi royal i»ere. que Madame Dubarry, on le sait, >iii'ipniiiii ut cavalièrement la i Née.
de- amours rustiques de ce r<>i dont «die avait le mv et le nasillement, et de quelque 1 a du l'arc-aux-i Isrfb, elle arail été recueillie d | «ne Du-
hany. Toute petite, elle allai! mm «lu mo-
n uque el delà fai • < i son w épagneul;