‹ Béranger et LamennaisChapitre 18 sur 76 · POÉSIE PYRÉNÉENNE · texte numérisé non relu

POÉSIE PYRÉNÉENNE

poésie, cet élégant cadavre scellé dans son tombeau depuis cinq siècles. Le travail du philologue est à peu près complet, mais les poëmes sont tristement mutilés, les textes horriblement incorrects; et pour comble de malheur, il a traduit dans la langue terne et sèche de son temps ces naïves mélodies du moyen âge qui ne pouvaient nous être rendues que par les grâces de la langue d'Amyot. Il leur a enlevé la sève vierge, le parfum pur du sol et du ciel. »

« Mais enfin, dans la mémoire du peuple, ne reste-t-il donc rien de tant de chants? — Il en reste encore des débris; les pâtres en conservent des lambeaux, il faut les chercher sous les bercails. On [peut en réunir des fragments, et par une espèce de mosaïque recomposer des ballades charmantes. J'ai l'idée d'en reconstruire une centaine, ce qui formera comme un romancero. — Vraiment! vous me montrerez cela. Revenez me voir; nous dînerons ensemble, et vous me donnerez un dessert de poésie pyrénéenne et cathare. »

Nous prîmes jour, et je fus, on le pense bien, exact au rendez-vous. C'était la première fois que je mangeais avec cet homme célèbre. Nous dînâmes tête à tête, et nous fûmes servis par la fille aînée de son hôtesse, enfant de treize ans, aux traits antiques et gracieux. Le repas se composait d'un potage, d'un plat de viande, d'un plat de légumes et d'un dessert. Béranger mangeait modérément, mais d'une manière avide et grossière: on pourrait dire qu'il était voracement sobre. Ce poète bachique, qui ne buvait que de l'eau à déjeuner, buvait pourtant du vin à dîner, mais hpetits coups, comme il nous l'apprend lui-même dans ses chansons.

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L'ordinaire était «lu vin d'Andréa, pics de Poissy, et .m dessert da bordeaux. 11 avait d'ailleurs des \ius rares, des liqueurs fines, el des confitures exquises, fruit des régions les plus lointaines, et don de ses amis répandus sur toute la surface du globe. « Je veux, me dit-il, vous donner du vin de Chypre que vient de m'envoyer un consul du Levant. N'ayez nulle peur quoiqu'il vienne de I'apho>... — Je ne crains rien, lui répondis-je; la SS6 n'habite plus cette Ile , aujourd'hui turque. Sa- V6Z-V0US que., selmi Tacite, la statue d'Aphrodise avait la tonne d'un ieul .'<.-!. |e pense, la coquille d'où elle sortit comme UD alcyon dans l'écume de la mer. — C'est quelque mythe, dit le vieux poète, dont le Uni à table était badin et cordial; et d'ailleurs rien d'étonnant ii cela; moi, je fois naître- l'Olympe tout entier de l'écume du vin de Chypre. ■ El se promenant dans la salle, dans le ( répuscule da soir, en attendant les flambeaux, il chant. i : /. de Chypre a créé tout le* dieux. Béranger chantait mal el d'une voix déjà chevrotante à cinquante-trois ans. Quand il eut tini ; i Voyons maintenant, dit-il, votre poésie albi{ . bulgare et ibérienne. » Je lui récitai cette strophe en langue romane :

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58 l'émigration

ne reste que ce couplet de cette chanson perdue? C'est la première fois que j'entends une chanson bachique commencer par une invocation au rossignol. C'est une fleur de Y Anthologie ; c'est digne d'Anacréon. — Le rossignol sauvage, repris-je, est le héros favori de tous ces petits poèmes. Il en est un où cet oiseau, muet jusque-là, n'acquiert sa voix mélodieuse que lorsque son gosier devient le domicile de l'âme d'une vierge morte à son premier rêve d'amour. C'est l'hymne du printemps. En voici un autre d'un caractère mélancolique : c'est l'hymne de l'automne.

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