‹ Béranger et LamennaisChapitre 26 sur 76 · LAR1SE · texte numérisé non relu

LAR1SE

Ah! fi v. ts l'Ebre un jour passaient vers Uoncevaux N .ldats, nos canon- mboorSj nos chevaux,

Et nos chants tonnant dans l'espace, i. dam la tombé, et regarde, 0 Mon !

C'est plus que Ghafle Bagne et (Qfl Napoléon,

Car c'est la liberté qui passe!

Je soumis plus tard à nies maîtres cette ballade.

II. Sainte-Beuve en loua les dernièrei itfophesj et Bérenger trouva que j'acquérais insensiblement le timbra

métallique, le> tons mâles et belliqueux. Il me dit : « C'est inculte et sauvagement nouveau. »

lu- Saint-Sauveur, nous redescendîmes en septembre a Bagnères de Bigorre, d'où j'allai seul voir mes parents dans l'Ariége. Avec quel ravissement ne revis-je

DM vallée natale! Ces coteaux revêtus de pécherSj de figuiers,, de pampi courbent Légèrement comme

I mes d'un navire; on dirait, en automne, une nef chargée de fruits délicieux et amarrée au môle gigan- Pyrénées, i. pourtant c'est là que j'ai commencé ma dun: navigation, mais forage soufflai! avant ma naissance; elle fût comme un premier nanti,

Bientôt après ma mare mourut, et mon père lut brisé

par des revers, de sorte que mon aventure de Paris n'était qu'une dernière «bute dans une longue cascade d'infortunes., biais cette chute suprême m'avait relevé* Après une absence de plus de trois ans, j< revenais comme d'une bataille où j'aurais dû périr, mais fort de mes malheurs surmontés, 1 1 6er du enoléraj de la re et de l'abandon vaincus sur le pavé d» Pari

une posiiimi liuetinii-e. des amis illustres, di \|i dix jours passés sur

80 îles d'hyères.

les bords enchantés de mon Arise, je revins à Bagnères, et, vers la fin d'octobre, nous nous dirigeâmes vers la Provence. D'Hyèrcs, où nous résolûmes de passer l'hiver, j'écrivis à Déranger. Je n'avais pas eu de ses nouvelles depuis Pau. Je me plaignis de ce long silence; il me répondit :

« Certes je ne vous ai pas oublié, mon cher enfant. Mais vous êtes un étourdi avec votre air calme et froid. La lettre que vous m'avez écrite de Saint-Sauveur ne portait aucune date, et vous m'annonciez votre départ prochain... Vous m'écrivez cette fois d'Hyères sans préciser votre demeure; mais la ville n'est pas grande, et j'espère que ma réponse vous parviendra... Je me suis toujours fait des Provençaux l'idée que m'en donne votre lettre. J'en ai connu de la classe supérieure ou instruite qui ne me plaisent guère plus que ceux des classes inférieures dont vous vous plaignez. Aussi n'ai-je jamais le désir de visiter leur contrée, malgré son beau ciel et ses Mirabeaux si bizarres et si grands. Sans doute vous allez passer là l'hiver... Vous parlez avec peu de révérence de Madame G. S... Savez-vous que nous nous connaissons, et qu'elle m'a honoré dernièrement de sa visite? Je conçois que Lélia ne vous ai point satisfait quant au fond; mais je m'étonne que vous n'ayez pas admiré la plume de cette femme de génie. Elle me semble la reine de notre nouvelle génération littéraire; el c'est môme le bien qu'elle a su que je disais de ses ouvrages qui m'a valu d'être recherché par elle. Je vous avouerai que les éloges que je donne à l'auteur ne s'étendent pas à la femme, pour que vous ne pensiez pas

CARQUSYRAHWl. 81

que ce sont sea beaux yeux qui ont fasciné les miens. Adieu, mon cher N., et ne penseï plus que j«' pui i oublier. (Passy, -2o novembre 1834.) »

Madame s. revenait alors* j*- crois, d'Italie. Quelques mois auparavant, on jeune poète, sceptique en toute chose, mais, singulière Inconséquence, croyant en amour, avait rapporté < 1 « - ce foyage un cœur mortellement blessé. <»n parlait vaguement dans le publie d'infidélités, de ruptures violentes, de passions presque tragiques. Toutes ers douleurs on1 été dernièrement remuées sur un tombeau d'où sera sorti sans doute un missement. Voilà comment je me donnai le tort inexcusable de juger avec peu cL vce une femme dont la plume de géi i mble aussi la reine de cette génération littéraire. Je 1«' regrette profondément, et pourtant je is fâché dans mon cœur de n'avoir point mérité ce blâme de Béranger, trop exclusif admirateur de la gloi

Nous passâmes l'hiver à Hyères. M. P, Denis nous avait recommandés ■ son frère, alors maire d'Hyi bomme d'esprit et d'érudition, et possesseur d'une belle bibliothèque. Un joui-, monélèveet moi, nous l'accompagnâmes à Porquerolles. le me serais volontiers li pour toujours dans ses bois de cist< de pms pour y renouveler l'antique légende du moine des lies d'or. Je visitais souvent aussi la plage de i queyranne et la villa gracieuse où l'illustre Augustin Thierry b coi i igé son II I ngleumds. L i lei re classique des troubadours ne m'inspira pas de poésie. ii\' res fon ; e p i

82 ALMENARE.

les Phocéens; son acropole aujourd'hui remplacée par les ruines d'un château féodal; ses grandes murailles désertes et revêtues d'énormes lierres; la ville glissant sur les pentes arides de la montagne jusque dans ses jardins d'orangers; sa magnifique rade où stationnait la flotte de Toulon qui, de temps en temps, simulait, sous nos fenêtres, des combats de mer; cette ceinture d'iles dont une s'embrasa pendant la nuit et brûla jusqu'au matin comme un trépied allumé sur la mer; les flots se brisant sur les racines du phare mauresque d'Almenare; des troupeaux paissant parmi les ruines de Pomponiana; des bergers jouant de la flûte à l'ombre des pins : voilà la véritable poésie, une idylle vivante de Théocrite.

Le printemps revint, et nous nous disposions à quitter Hyères quand tout à coup le bruit courut que des revers de fortune venaient de frapper subitement Béranger. Je lui écrivis pour lui offrir le fruit de mes économies; je partais pour le lui porter à Paris. Avec quel bonheur n'aurais-je pas jeté cet argent aux pieds de l'homme illustre qui naguère m'avait si généreusement secouru dans ma détresse. Il me répondit cette affectueuse et charmante lettre :

« Ah ! vous pouvez disposer de cinq mille francs. C'est bon à savoir, mon cher enfant. Un jour on pourra vous faire de petits emprunts. Mais à présent, je n'en suis pas encore là, quoi qu'en aient dit plusieurs journaux. Kassurez-vous donc sur mon compte. 11 est vrai que je suis dans le cas, non d'essuyer une banqueroute, mais de subir quelque diminution dans mes petits re-

LETTBJ i>r. uni vm, rit.

venus; encore cela ce peul être que par L'eaTet de ma . Par précaution; j'ai formé depuii assez longtemps le projet de me retirer à Fontainebleau avec deux vieilles parentes qui s'en trouveraient bien el contribueraient à me (aire vivre avec plus d'économie. i> projet, que je >uis sur le point d exécuter, a contribue a Caire courir le bruit parvenu jusqu'à vous, et qui m'a valu des offres de toute nature et assez considérables pour ne créer une jolie fortune, si j'avais voulu les accepter( J'ai été sensible a ces témoignages d'intérêt; l>ini que je oe leur accorde pas a tous le même d< de reconnaissance* Quant à votre Lettre; mon cher ami,

elle m'a d'autant plus touché qu'elle ne m'a nullement surpris. Depuis le premier jour où je vous ai vu, je sais de quoi vous êtes eapable. Vous séries riche, que j'accepterais une part de vos trésorsj et si j'en étais réduit la. « l vous pauvre comme vous L'êtes* je consentirais à vivre du fruit de votre travail. Ne croyes pas que je le dise pour répondre seulement a vos offres; je vous l'aurais dit il j .1 d< jà longtemps; si L'occasion s'en lût présenl que je dés ; que vous ne \

inquiétât 1 pas de mon sort qui n'a rien d'affligeant. J'ai plus que je n'ai jamais souhaité, lorsqu'à votre âge je me forgeais un aveniri J'ai un rapporl certain avec les

grands poètes, c'est une belle disposition a ne pas

m'effrayer de la misère. Pour un chansonnier; c'est déjà quelque chose que de leur ressembler par ce petit eot<

1 Travailles-vou 01 tea-voua besss-

ooup de nouveau à lire? I" ucoup de négligent' marquer de 1 1 père que ma lettre nous

84 M. LAISNAY.

trouvera encore à Hyères. Je n'ai reçu la vôtre que ce matin; si vous êtes en route pour revenir, tant mieux ! « Eu vous attendant, je vous embrasse de cœur.

« Votre ami.

«15 avril 1835. »

Cette lettre ne me trouva plus en Provence. Après un hiver délicieux passé à Hyères, nous remontâmes le long du Rhône vers Paris, où nous rentrâmes le 5 mai, fête du roi Louis-Philippe. J'accourus à Passy : Béranger me reçut avec un redoublement d'affection. Je le vis fréquemment tout cet été pendant qu'il se disposait à se retirer à Fontainebleau. Je le trouvai un jour déjeunant avec un grand paysan picard vêtu d'une blouse bleue. Le rustique appelait le poëte mon cousin, et le demi-dieu s'entretenait complaisamment d'orge et de colza tout en trinquant avec son fauve et rude parent. Une autre fois, je rencontrai chez lui M. Laisnay, imprimeur à Péronne, chez qui il avait été apprenti typographe. Bérenger en déjeunant lui rappela que c'est de lui qu'il avait appris l'art des vers. Son vieux compagnon ne parut pas se ressouvenir de ces leçons : c'était un homme lourd, sale, et, me semblait-il, presque abruti. Jamais maître plus grossier n'eut un disciple d'un plus vif et plus étincelant esprit. Je ne sais si ces Picards ne venaient pas lui dire adieu au moment où il s'éloignait de Paris. Béranger, par instinct et par calcul, aimait les petits; il ne recherchait pas les grands ni même les grands hommes. 11 s'est laissé coquettement rechercher par les célébrités de son siècle. Chateaubriand, Lamennais, Lamartine sont venus à lui; mais, en revanche, il se montrait justement fier des

BÛtVV.I.K V F.iNTUNri'.U u . 85

hommages de ces beaux génies. Il en est de même de la Gloire, « i ni vint te trouver dans sa mansarde, et «ju»' maint» liant il semblait fuir dans les 1><>i-.

Vers la lin de cet été, tu filet, pour s'éloigner plus encore des importuns, et, j»1 crois aussi, <lr> révolutions, il quitta Passy. Il se réfugia, comme un oiseau d'automne, dans la i, a Fontainebleau. 11 m'écrivit quelques jours après les- motifs do son éloignement:

f< .le ne me porte pas très bien non plus, mon cher enfant; mais cet ennui et quelquescontrai iete> de mon

installation ne m'empêchent pas de me féliciter de la

retraite que je me suis choisie. J'avais un grand besoin

de repos queje ne puis qu'attribuer qu'à mes cinquantecinq ans et à la fatigue que l'âge amène nécessairement avec lui. Peut-être direz-vous que je ne suis pas encore ce (pie dans le monde on appelle vieux, .le le -

mai- je sais aussi que la vie m'a été difficile et que mon caractère n'a pas autant de force que de rectitude. Je puis donc être fatigué plus encore que vieux. Toujours il que, si le bon Dieu veut me laisser paisible dans mon ermitage, je lui en rendrai des m lions d<

m lue 1833

un aime entendre, SUT !«-•> lèwvs du pinte épicurien, i igavi in tolitudimm du prophète. On aime a \uir son oeur. reconnaissant de la paix qu'il trouva au désert, se retourner avec amoui vers Dieu. Béranger me pressai! d'aller le voir; je n'y manquai pas : !«• ten tit pluvieux; et je ne connais pas de our plu- triste en hiver que Fontainebleau avec le-

Sf> MADEMOISELLE JUDITH.

brouillards qui flottent éternellement sur la cime dépouillée de ses forêts. Le ménage du poëte n'était pas moins triste. Il avait pris avec lui une tante, sœur de sa mère, vieille fille hargneuse qui, retirée de quelque taudis de Paris, ne se trouvait pas heureuse d'être recueillie dans la fortune et la gloire de son neveu. J'y trouvai aussi Mademoiselle Judith, que j'avais quelquefois rencontrée à Passy. C'était une amie de sa famille maternelle, plus âgée que lui de deux ou trois ans; elle chantait ses chansons avec un joli filet de voix qui ne chevrotait pas encore, parfaitement bonne, mais très laide, et avec des dents ressentantes à la façon des sangliers. On a dit que cette personne était Lisette : mais l'âge et la laideur rendent cette supposition impossible. Je crois d'ailleurs que Lisette n'a jamais été qu'une ombre, un rêve poétique, un idéal rendu immortel. Il avait pris Mademoiselle Judith un peu par charité, un peu pour soigner sa vieille tante, un peu pour tenir son ménage) à quoi elle fut entièrement impropre. Ce triste entourage de deux vieilles femmes qui se querellent, c'est ce qu'il appelait dans sa lettre les ennuis de son installation* Cependant Fontainebleaul'enchantait même en hiver :

« Si vous voyiez ma forêt! elle est bien belle en ce moment. En dépit de mon rhume et des loups qui, dit-on, la parcourent, je viens de lui rendre une nouvelle visite. Comme elle est poudrée à blanc ! Comme elle est bien pomponnée! Que le soleil produit un riant effet dans la cime de ces arbres tout chargés de givre î Ce sont Là des beautés qu'on ne connaît pas sous votre

LETTR1 M I llU! i.FR.

ciel n chaud et si brillant. Je voudraitvous voir au milieu de ces fleurs que ITiiVor noua prodigue ici. Cela fait prendre en horreur les botte* de Paris. » M <•< mbre 1835.) »

Charmant tableau de l'Iiiver. qui fait le pendant «le baoson intitulée le» C hampe t tableau ravissant de l'été< Béran ntail et peignait la nature en bour-

de Paris. Je ma souviens qu'une foisj près de la mare (l'Auteuil, il prit je ; quel vulgaire moineau

bois pour un r< I ; et que moi chantre des oi-

seaux non moins qu'expert oiseleur* je ne voulus jamais lui concéder que cet ignoble volatile fût la fille de Pan- •lion, Philomèle l'Athénienne. .Mais ici Béranger Baisi! la nature sur le vif. C'est bien une vue ifhivei de la ïorèt de Fontainebleau. C'est une idylle' channantej quoi* que pomponnée et poudrée à blanc, comme l'eût faite le meilleur paysagiste «lu siècle <le Louis XV. Au printemps de 1836, mon père était venu me n < »ir a Paris. Béranger m'écrivit à cette occasion une lettre «|ui con* linue l'histoire «l»-st»n intérieur de Fontainebleau.

a Veus auriez bien «lu, mon cher ami. puisque \<m> aviez \otre prie, me l'amener ici, et j passer quelques jours pour que « •<• \<>u- lut une compensation aux frais

• .:• . I é une <li>tr.i«ti<>n pOUf lui. un Mai

plaisir |>«»ur moi, et je pense aussi pour \<>u->. .!»• voui aurais Facilement logés tous les deuXj oar il faut que vous sachiez que depuis mon dernier voyage à P vieille tante n'ayant pu a'habitu< p t< i. elle i voulu

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