INVITATION
m'a fait débourser une dot de 4,100 francs, sans compter un trousseau elles frais d'installation. A peine dans celte maison, objet de tous ses désirs, elle y est tombée frappée d'apoplexie et a expiré au bout d'un séjour de six semaines. C'est avoir bien peu profité de toute la dépense qu'elle m'avait occasionnée, et je le regrette d'autant plus qu'elle s'y trouvait heureuse, grâce surtout à 500 francs de pension que je lui faisais et qui sont ma part dans son héritage fort peu souhaité, je vous assure.
« Vous voyez que j'aurais pu vous offrir des chambres si vous aviez eu la bonne idée de tourner vos pas par ici. Je crains que vous n'ayez eu peur de me gêner ou de me mettre trop en frais en me venant voir. Car il me semble que sans cela je vous aurais plus souvent. Vous avez tort, je vous jure que je ne suis pas aussi près de mes pièces qu'on se le figure. Vous voyez déjà que la mort de ma pauvre tante vient d'accroître mes revenus. Puis il m'est survenu une bonne aubaine dont je ne veux pas parler pour ne pas mettre tout le monde trop à l'aise avec moi. J'en fais mystère par intérêt pour ma liberté et aussi par intérêt pour une personne qui doit tirer avantage de la position gênée où l'on me suppose. Cela soit dit bien entre nous, comme vous le comprendrez, et si vous me venez voir, je vous mettrai au courant. Venez donc, car je ne pense pas du tout aller à Paris dont j'ai peur maintenant. Mais toutefois, si vous tardez, ne comptez pas que j'aurai toujours un lit à vous donner. Vous pourriez, à mon grand regret, tomber un jour où quelques amis me peuvent visiter. Mais cette fois je pense que vous ne me feriez pas Faf-
LE PvLVItr. BAILLET. 8(J
front que vous m'avez fait quand vous ôtes venu, de
manger ailleurs que chei moi. Venez me dii «> à quoi - de foa travaux, ce que vous avez fait de . et m'apprendra si votre position esl toujoui table. J'espérais trouver une partie de tout cela dans
TOtN lettre. Je pense qile VOUS 1110 l'ave/ atlïaiielue,
ne vous y mettiez peu de choses qui m'intéressent. Ne m'affranchissez plus, et écrivez-moi un peu plus longuement de tout ce qui vous touche.
v, us ivei vu dans les journaux que le pauvre Baillet, que voua av( i rencontré «liez moi, avait termina courte carrière à Bergerac, sa ville natale. Quand il me lit ses adieux, à mon dernier voyage, il me laissa peu
l'espoir de le revoir un jour, tant la ; • avait déjà
fait de progrès. Quel être pur et naïf] pauvre jeune homme si bien intentionné pour ses semblables] lue imagination dévorante, un cœur sans repos, ont détruit cette frêle organisation. Combien m'est douloureuse la mort de ces jeunes arbres! Quand un homme a p [liante ans, je le vois partir sans regret si je ne >ui->
lié avec lui d'amitié ; mai les jeunes gens, même
ceux que je ne connais pas, je les pleure, i.t <<• bon Baillât, je l'avais connu dès le premier jour. Adieu, portez-vous bien, travaillez* \< a» i à moi et venez m.'
i pour faire mieux, cil mai 18 '
Le pauvre Baille! était un jeune homme q i «tait
venu comme moi chercher fortune a Paris. J'avais sur-
i a la misère, il y avail succombé. Béranger lui
avail aussi prêté de l'argent, <•; j.- l'enU ndis plus tard
e plaindre qu'il ne lui avait jamais été remboursé.