MILTON ET LUTHER
Je répondis à Béranger qu'il était bien sévère avec Milton : que M. de Chateaubriand avait mêlé à l'airain superbe de son poëme les scories barbares de son propre génie; qu'une pyramide d'Egypte était un édifice bien plus noble, quoique moins commode, qu'une cabane de berger; que l'épopée de Milton était une pyramide, un temple de l'Inde, et pour la force du genre, comme pour la grandeur du sujet, une œuvre antédiluvienne, dont on ne peut, sans injustice, comparer la majesté religieuse et solitaire aux agréments d'une idylle ou d'un madrigal; et que Milton n'en était pas moins l'Homère de l'humanité biblique. J'ajoutais que, quant à Luther, il avait raison : ce grand Saxon n'avait ni prévoyance ni calcul, il marchait en inspiré, en prophète; et c'est ce qui fait sa grandeur colossale. Luther est le Moïse de la révolution évangélique dont Milton est FEsaïe. J'ajoute ici que si quelqu'un, malgré sa vive intelligence, était incapable de goûter Luther et Milton, c'était assurément le chansonnier.
Dans cette même lettre, j'annonçais à Béranger que mes patrons devaient prochainement donner à dîner à des illustrations littéraires et politiques et que n'aimant à me trouver qu'avec les petits et les pauvres, je n'assisterais probablement pas à ce festin. Béranger me répondit à ce sujet :
« Votre lettre, mon cher enfant, me fournit une occasion de vous gronder, qu'il faut saisir, vu qu'il n'y a pas souvent à reprendre en vous. Dites-moi, pourquoi cette sauvagerie qui vous fait éviter ainsi les gens remarquables qui visitent la maison où vous vivez? Quoi,
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lorsque vous pouvez vouî trouvei ; v< c des personi qui, quelles qu'elles it voua être bonnes
à connaître, VOUS fuyei votre gtle, Mais, mon cher ami, ne craignez-vous pas d'abord qu'on n'attribue l'effroi qu'elles vous causenl à un amour-propre excessif
et mal satisfait? Puis, n'y a-t-il rien à gagner avec des geDS qui ont plus vécu et autrement vécu que vous? ivent-ils pas des choses que vous ignorez? Surtout, comment VOUS forint îv/.-vous une opinion juste de VOS Semblables >i vous vous tenez toujours si loin d'eux? Peut-être avec cette misanthropie vague, si commune
dispose à accuser notre pauvre espèce, au moins cette portion qu'on appelle la à Paris? Pourquoi ne pas vérifier si tout le mal qu'on en dit est fonde? On a prétendu (et, bon Dieu, que n'a-t-on pas prétendu?) que plus on connaît les hom-
mes el moins 0:1 devait les aimer. <>< i est faux, complètement. C'esl faute de les bien connaître qu'on les prend en aversion. L'étude approfondie qu'on a faite
d'eux, dans les différentes conditions, conduit au contraire à se convaincre que leur nature . -1 généralement
bonne. I>an> cette matière, l'indulgence naît de la
ScielK e. Ne Q( donc p SlOIlS de \i\ie
avec vos fri quoi vous n'apprendrez jamais s
leur dt venir utile, El c'est !,t mission que l«- Père commun nous a donnée a tous 1 1 a laquelle nous devons employé! toute- ii<»- i<>i< et physiques el intellectuelles. ; part eque j'ai eu aussi delà sauvagerie, et il m'en est resté assez sans qu'on s'en doute, que je véui nous mettre en - ontre un défaut qui finirait peut-être
pai annihiler voa qualités beureui