‹ Béranger et LamennaisChapitre 34 sur 76 · LA LIBERTÉ · texte numérisé non relu

LA LIBERTÉ

mennais, même démocrate, déduisait logiquement la liberté de cette théocratie, qui n'était, à mes yeux, qu'un despotisme divinisé. A mes yeux, la liberté était protestante et biblique. Pour moi je partais du Christ, selon cette parole : Le Fils vous affranchira, la vérité vous rendra libres! Et cette vérité, c'était l'Evangile écrit, non sur le papier, sur le parchemin ni sur le marbre du Sinaï, mais gravé dans le cœur de Fhomme, évangile vivant, Bible animée et palpitante. Je trouvais que la liberté n'avait été partiellement réalisée dans les temps modernes que par les nations bibliques : les Suisses, les Hollandais, les Anglo-Saxons d'Europe et d'Amérique. M. de Lamennais détestait les peuples protestants, et réservait ses sympathies aux Italiens, aux Espagnols, aux Américains du Sud, qui pourtant s'entre-dévorent comme des jaguars. Il portait dans son cœur cet antagonisme de l'esprit clérical et de l'esprit républicain qui condamne les races catholiques à rouler éternellement de servitude en anarchie et d'anarchie en servitude. Cette instinctive répulsion qu'il ressentait pour le protestantisme s'était, dans les derniers temps, accrue sous l'accusation un peu tardivement proférée contre lui par M. Lacordaire. Le dominicain s'était enfin aperçu que son illustre maître, substituant à la Bible juive une espèce de Bible du genre humain, n'était en réalité qu'un protestant gigantesque. Il est certain qu'il y avait dans son génie quelque chose d'hybride. Je restais dans une réserve respectueuse; mais il ne me parlait qu'avec une certaine précaution. Il tentait en moi une résistance tacite: ses arguments rebondissaient sur mon silence comme le boulet sur le

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granit. Nous ne nous entendions pas, bien que je ne Boni jamais. Il avait L'habitude de régner sur les

esprits a la - orame dit Saint-Simon de Fenelon.

Il n "aimait pas la discussion, et détestait le génie critique, l'indépendance de cette raison huguenote, qui faisait dire à La Fontaine à propos de Bayle et de Leclerc :

vont tranchant sur tout comme enfants de Calvin.

Quoi qu'il tu soit, il y eut toujours entre nous, de son côte, plus d'estime, je crois, que de gOÛl ; et de nia part plllfl d'admiration que de sympathie, .le le regret*

lais vivement, et j»- m'en ouvrit a Béraager. lui même temps, je lui exprimais !<• désir que j'avais de m'en vêtir dans la solitude. Singulier contraste] lu prêtre catholique, déjà vieux, cberohait le bruit du forum; un laïque protestant, jeune encore, demandait la paix du désert. : et mi- répondit :

« Vous penses de bonne bern ^ retirer du

monde, mon cher ami. A einquante-cinq ans, comme moi, p ssel Mais a votre Age, je trouve ce projel un peu aventuré. l>an^ deux <>u t»«»i- ans, en aorea*v< trente ! J'en doute. Au reste, on peut avoir de moins raisonnablet pensé i * puis, whin vous défier des hom-

i explique jusqu'à un certain point le d<

que vous tonne/, d'une si prompte retraite, a ce sujet,

je dois voua dite que cette défiance est bien rée;

cusatioo que vous portes contre Lamennais m'en

i preuve, n'a rien d'ironique, on du motos j«' ne

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