HO M. DE LAMENNAIS A LA CAMPAGNE
chez les théatins de Frascati, il ne put s'habituer au régime culinaire de ces moines qui vivaient presque uniquement de feuilles de hêtres cuites à l'eau. Ce régime végétal n'avait pourtant pas nui au solide embonpoint du chef de ces religieux, qui, du fond de sa cellule, déclamait alors contre la plus sage liberté, qui fut depuis l'orateur de la révolution romaine, et qui, pour expier ses harangues démagogiques, entonne aujourd'hui dans Paris des dithyrambes en l'honneur du despotisme et de la théocratie. Ce caméléon monacal et politique est le P. Ventura de Raulica.
A déjeuner, vers onze heures, M. de Lamennais descendait en robe de chambre, et son esprit se mettait à l'avenant. Si quelque cauchemar n'avait pas agité sa nuit, il était serein, cordial, rieur, moqueur même, et parfois très amusant et très comique. Il contait vivement l'anecdote ; il avait même un joli talent mimique, et rien n'était plus risible que de l'entendre imiter, avec un accent gascon et nasillard, M. de Villèle éconduisant du ministère des affaires étrangères M. de Chateaubriand, comme un renard qui persiflerait un lion. J'avais écrit à Béranger que M. de Lamennais, de figure, ne ressemblait pas mal à Voltaire; son esprit avait au fond quelque chose aussi de ce grand railleur. Sous le prophète se dérobait le satirique; seulement son sel avait une acreté terrible, et son sarcasme montait jusqu'à l'invective des voyants d'Israël. On parlait une fois devant lui d'une miniature de M. Thiers, où ce ministre enjolivé avait, disait-on, l'air du dieu Cupidon. « Oui, dit M. de Lamennais, sortant âprement de son silence , l'air du dieu Cupide. » A propos d'un de ses
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