‹ Béranger et LamennaisChapitre 42 sur 76 · LETTRE DE LAMENNAIS · texte numérisé non relu

LETTRE DE LAMENNAIS

Béziers me raviva. J'avais été devancé dans les Pyrénées par un envoi de M. de Lamennais. Les Paroles d'un Croyant avaient eu un immense retentissement; le bruit en était arrivé jusqu'aux bourgades de TAriége. Mes compatriotes me chargèrent d'exprimer leur admiration à l'illustre auteur. M. de Lamennais fut touché de ce lointain et rustique hommage. Quelques jours après je reçus , d'une main intermédiaire,, un ballot avec le billet suivant :

«Vous m'avez appris, Madame, que quelques bons habitants des Pyrénées désiraient connaître les Paroles d'un Croyant. Auriez-vous la bonté de leur faire parvenir les douze exemplaires que je vous envoie. S'ils y trouvaient quelques motifs de se consoler dans leurs souffrances, d'espérer un avenir meilleur, et de travailler à le hâter pour eux et pour leurs frères, par les moyens que la conscience avoue; si ce petit livre pouvait surtout exciter en eux un amour toujours plus grand de Dieu et des hommes, et les rendre toujours plus semblables à Celui qui mourut il y a dix-huit siècles sur la croix, pour répandre cette doctrine d'amour, de fraternité universelle, j'en éprouverais une vive joie; rar l'avancement de l'homme dans celte voie sainte, l'accomplissement de cette prière que le Christ nous exhorte à adresser sans cesse à son Père : Que votre règne arrive, est tout ce que je souhaite sur la terre.

« Recevez, Madame, l'assurance de mes respectueux sentiments.

F. Lamennais. »

" Parii, (H imai 1837. »

PAR ! KXT.

M. itriotesdévi ; ttietuCnti Vroyanî.

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128 LA GRENADIEUE.

pont, et je descendis, pendant un kilomètre environ, la rive droite de la Loire, me dirigeant sur le svelte clocher d'ardoise de Saint-Cyr. Un chemin en pente douce, pris sur la berge abrupte du coteau, me conduisit à une grande porte d'aspect rustique; et derrière quelques bosquets, j'aperçus une habitation : c'était la Grenadière. Adossée au vignoble de la colline qui l'abrite du nord, la petite villa, d'un seul étage et à mansarde, donne au Midi sur un jardin de peu d'étendue, dont la haute terrasse plonge sur la route poudreuse d'Angers, qui forme le quai de la Loire. Le chansonnier, dans ce gracieux ermitage , était possédé du démon des fleurs : il ne parlait que persicaires, ancolies, digitales, et nommait les trois cents variétés de roses, sans oublier surtout la rose Béranger. Il était, comme dit La Fontaine, prêtre de Flore, et tout pareil au vieillard de Virgile. Les arbustes plantés de ses mains, et qu'il montrait avec un naïf orgueil, les fleurs qu'il arrosait lui-même chaque soir, lui avaient fait oublier une rose d'un plus divin parfum, la poésie. Il écrivait aussi son Livre du Peuple. C'était alors la manie des philosophes de catéchiser ce roi de la rue, au lieu de le ramener tout simplement à l'Evangile, au Docteur qui seul a su lui parler un langage simple et divin, et qui seul a droit d'être écouté, parce que son autorité vient de Dieu. M. de Lamennais n'avait réussi qu'à demi : Béranger eût échoué complètement. Il m'en lut des fragments : c'était médiocre; il n'en fut bientôt plus question. Je trouvai installé à la Grenadière, l'un des principaux précepteurs du peuple à cette époque, M. P. Leroux, intelligence supérieure assurément, mais, comme dit l'Apôtre, un

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utre errant, M. P. Leroux voulait dégoûter du ciel le genre humain pour L'acclimater éternellement dans le xtoaque de la terre. Il ne comprenait pas comment "Esprit de Dieu poirvail être dans le Christ, mais il afirmait la transmigration de deux âmes dans le corps le Béranger. lit quelles ftmes? Celle de Voltaire et celle le Franklin. Le Socrate de la chanson riait beaucoup 1 avoir dans le corps ces deux terribles esprits dont le aoindre avait

Ravi la foudi\ aux dirai et le sceptre aux tyrans.

Béranger m'accompagna jusqu'à Tours et nous enrftmes chexua Libraire de la rue [loyale. Nous y trourftmes un vieillard, grand et mince d'une figure douce •t gracieuse, et qui portait un nom à physionomie no- >i liai iv ci pastorale, a Aveznrous remarqué ce vieillard 1 ne dit Béranger, quand nous fumes sortis; ce vieux t>erger est l'officier qui -ardait L'échafaud de Louis XVI jt qui tira L'épée pour que le roulement des tambours ■tMiiiiVii la voix du monarque. Ce sang capétien n'a pas f air de beaucoup troubler la conscience de oeTyrcis tourangeau, i

Béranger, le Lendemain, nous conduisit, m. Leroux

•t moi, au PleSSis-lès-TourB, Ce EameUX château de

Louis M qu'il a célébré dans une chanson où il a eu ait merveilleux d'encadrer un tableau de Tacite dans nue ronde gauloise. On h- voyait de la Grenadière : sous traversâmes la Loire devant Saint-Cyr, et nous risitames le repaire de ce cruel et bixarre monarque, il a'en reste que quelques débris insignifiants. -•• rema>

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