LOUIS XI
qikTai en passant que Waltet' Scoit s'est trompé dans Quentin Durtrard en mettant le Plessis à Test de Tours, il est tout juste à l'ouest, en aval et sur la rive gauche de la Loire. Nous parcourûmes le jardin de François de Paule, ce religieux italien que le tyran fit venir près de lui pour se rassurer contre les courroux du ciel. Béranger fit gravement l'éloge du cénobite et facétie usement l'éloge du monarque. Il combinait, je ne sais comment, son amour de la liberté avec son admiration pour les grands despotes, pourvu qu'ils fussent Français. C'est que plus patriote que citoyen il aimait moins la liberté que la patrie et la gloire. Il ne détestait pas Louis XI parce que ce roi-bourreau était un des vigoureux constructeurs de la monarchie. Il était indulgent aux Valois dont les souvenirs gracieux et chevaleresques peuplaient cette région de la France. Il disait : « Charles V fut un grand roi. Mais ce sage n'a eu qu'une postérité de fous. Charles VI l'était entièrement; Charles VII et Louis XI l'étaient à demi. Quel beau règne que celui de Charles VII. C'est l'âge héroïque de la monarchie. Dunois, Lahire, Saintraille, et Jeanne d'Arc, la guerrière inspirée! Ce règne n'a pas un historien. Il faudrait un poëte pour le chanter. Quel dommage que cette épopée soit tombée aux mains ineptes de Chapelain ! Et quel crime que Voltaire l'ait profané ! Car c'est un crime, une profanation, un sacrilège de la pudeur, de l'héroïsme et de la France. Et pourtant Voltaire avait dignement jugé saint Louis; il avait dans le cœur le plus vif et le plus généreux amour de la Fiance et du genre humain : c'est inconcevable! J'ai moi-même esquissé un poëme sur Jeanne d'Arc :
ORGANISA 10» DSM K .1 1 ; . . . 1H
quel liuii sens, quel « . jiK'lK- pur. quel
ineffable mélange de tout oeil dans cette bergère chevaleresque] »
Il punit (laiis le courant il<- eet été mi liwv qui lit
une vive sensation, il était intitulé : £msj wr farfo* iiisutinu <l<jiii',c,utatw de l<i France* L'auteur était M. A.ug. Billiard, ancien préfet du Finistère. II. de Lan iiifiin.il> m l 11 avait beaucoup parle a SauerSouoi. l mranger, a qui M. Leroux, je crois, l'avait prêté, m'en parla aussi avec une esi èce de transport, 11 eoml»in..it cette ferveur républicaine avec son admiratien monarchique et chevaleresque, .le résumerais ici i ours
(ju«- nous tint le porte BUT < tes graves matières politiques, inai>-j'ai le DOnheUI «le pnuxoir 1*' Citei lui-même textuellement. Voici la lettre «le reiiien iinent qu'il
écrivit six mois plus tard au puhuciste démocrate qui lui avait envoyé son livre sur L'invitation de ||. île Lamennais.
« 27 avril 183S.
u Notes l»ien, \r vous prie, Monsieur, qu'il n > a | plus d'une vingtaine de jours que M. Uerard ma remis votre / net; qui maili. nmusrunrnl encore m'est arrivé su milieu d'une &s n - oiist a financières auxquels ne suis que Irop Bujet, et des préparatifs d'un démoulent ijni en est la suite obligée. Malgré oes nombreux umlui m«' suir. empiète <1< lue atteuti\c-
menl votre excellent o [ueiquei journaux
m'avaient fait désirei de connaître. I i t difiieile, Monsieur, de plus hiser que je ne le fais avec
principe l»!icani-nif
132 LETTRE DE l.KHANGER.
est d'ancienne date, et si, par patriotisme, j'ai cru devoir le faire taire en 1830, c'est que j'ai toujours pensé et pense encore que la nation pour être convaincue que la royauté n'est plus la base de la sécurité publique a besoin d'une nouvelle preuve de l'impossibilité d'asseoir la monarchie sur le terrain de l'égalité. Enfin, selon moi, il faut achever d'user le trône, ce qui vaut mieux que de le renverser, et à cette besogne les rois s'entendent mieux que les peuples.
« D'après ce peu de mots, vous concevez, Monsieur, combien de rapports existent entre mes idées et les vôtres ; aussi est-ce un renfort pour mon opinion que j'ai cherché dans votre livre. J'y ai trouvé plus que cela, quant aux études administratives auxquelles vous vous êtes livré, et qui vous ont conduit à formuler les moyens d'exécution que négligent trop les utopistes. Un peu atteint de leur maladie, j'ai cependant aussi quelque penchant au positif, et sens le besoin de jalonner la campagne que j'aime à battre en tout sens. J'ai donc été heureux et fier de rencontrer dans vos formes constitutives, mais complètement élaborées, quelques points auxquels dans mes rêvasseries j'avais cru devoir m'arrêter, entre autres ceux d'un conseil national et de l'organisation par canton pour suppléer à l'insuffisance de la commune.
« Quant à l'impôt, j'avoue en hésitant, Monsieur, que je me trouve en contradiction avec vous. Calculant qu'une nation qui produit, assure-t-on, par culture, commerce, et industrie, au moins onze milliards, peut bien dépenser le onzième de ce produit à son organisation; ce n'est qu'à l'assiette et à l'emploi de l'impôt
I Kl I M H HUURGtt. 1 ■' -
que je voudrais ! lire subir des changements, mais de blés. Dans un étal de pore démocratie, au point où la richesse est arrivée ohei nous, sans dont»' il faut borner le nombre des emplois lucratifs, mais il faut qu'ils le soient asseï pour que les capacités pauvres y trouvent ;l»'s avantages égaux à ceux que leur assureraient les professions particulières. Dans un gouvernement à hou marché la richesse ef l'intrigue peuvent
en tirer bon parti. J'ai bien une autre idée : c'est celle d'un impôt unique. Vous le repousses en quelques motSj el d'autres foui repoussé aussi. Pourtant j'y tiens toujours el pour bien des raisons. Je ne vous en dirai qu'une : j<' voudrais que le gouvernement cessât <!«• répartir <-t «le prélever l'impôt lui-même. Quant aux autres raisonnettes, il sérail trop long de vous les énumérer el j<" craindrais d'ailleurs d'entamer une pareille discussion avec vous, Monsieur, qui d'un souffle pourrie/, faire crouler tout l'échafaudage de mes conceptions financières; d'autant, comme i«- vous le disais en commençant ma lettre, que !<• moment serait fort mal choisi pour moi pour parler finance, l-'.t puis vous ririez de voir un faiseur de couplets s'immiscer en pareille matière.
« Tout chansonnier que je suis; croyes du moins, Monsieur, que je sais apprécier tes travaux consciencieux et instructifs comme celui que vous nous don* h. / ; que je rends justice a tout ce qu'il faut de probité
r publier aujourd'hui un pareil li\ ie ;
et qu'enfin j»' m'irrite contre ceux qui le hument p., sans j puiser d'excellentes leçons dont ils ont m grand .m. Mais nos jeunes républicains sont incorrigibles,
13i LETTRE liE MËRAStGBfU
et quoiqu'il y en ait bon nombre pleins de cœur et d'esprit^ je les maudirais souvent tous, si je ne me disais que leur mission sans doute est de retarder la venue de la république, qui serait en péril d'avorter une seconde fois en se hâtant trop tôt d'éclore.
« Vous avez la bonté de me dire, Monsieur, que les choses iraient un peu moins mal si on meut écouté. Hélas ! c'est lorsque j'ai vu que mon gros bon sens, si désintéressé qu'il fût, n'avait pas plus d'influence sur mes amis les jeunes patriotes qu'il n'en avait sur ceux de mes amis qui avaient traversé le pouvoir, que j'ai pris le parti de la retraite dont j'avais atteint l'âge. Là, je vis d'espérance, non plus pour mon compte, mais pour mon cher pays. Tout en cherchant s'il n'y a pas encore en moi quelque pensée que le travail lui puisse rendre utile, je m'associe de tout cœur à tous les nobles efforts qui se font pour trouver enfin la solution de ce que j'appelle le grand problème de notre époque : l'ordre dans l'égalité. Jugez d'après cela, Monsieur, combien je dois applaudir à votre ouvrage écrit d'un style si lucide, si rempli de sages enseignements , et dicté par un patriotisme aussi pur qu'éclairé.
« C'est vous dire assez tous les remercîments que je vous dois, ainsi qu'à M. de Lamennais, qui vous a fait penser à me faire cadeau de votre livre. Recevez avec mes témoignages de gratitude, Monsieur, l'assurance de mes sentiments les plus distingués d'estime et de considération. »
Voici la lettre que M. de Lamennais avait écrite sur le moine sujet a M. Billiard :
i i i pi ne. 139
- z.innc, 9 août tfl
« Il y a longtemps, Monsieur^ qti6 je n'ai lu d'eu*
vrage qui niait Tait autant de plaisir que !<• vôtre, non
! ai a <■ mee de la conformité presque entière do nos
idées sur l'organisation do la Etante démocratique,
que pour le bien pratique qui résultera d'un livre te) que le voire. !».■ tous eûtes on demandait aux républicains de formuler leur gouvernement, et personne no
tentait cette «'-preuve difficile* A présent, au moins, on
ne n<>us reprochera plus de ne pas savoir ce (pie nous
\nuions. Plut a Dieu que VOUS fessiet lu de tout le
monde! Gela avancerait beaucoup la grande oeuvre do •or. <»n verrait combien ce que vous proposez rst -impie et facile* et combien tous gagneraient à la réalisation d'un pareil plan, excepté un petit nombre d'innb et d'< II serait bien a désirer que
journaux s'occupassent de répandre une production aussi utile «-t aussi rquable que la vôtre. Après avoir parlé d'égalité etde liberté pendant cinquante ans, peu de Lr«'Ps comprennent quels doi- \. lit être l ' le principe régulateur de la société
moderne. <m l CUpé dans ton. les partis
qu'a cherche! les conditions d'un pouvoir/ t-à-
dire les moyens de fonder un despotisme ment
sbadluj quelque nom qu'il porte. Cette tendance est || plaie de l'époque présente. Chacun me qu'il
voudrait imposer au peuple violemment; et le peuple, un iioi pond comme le mulet de
la fable : Que m'importe à qui j'obéisse et qui -oit mon mattre ! d 9 >!'sti-