I.FTIIIF. I»F. BERAKGEB
que j'y ai rarement m du beau temps; que j'y ai été menacé d'être d'une académie, et qu'enfin la fièvre, assez fréquente ici, vient de me prendre à la gorge. Il est vrai que Bretonneau lui a fait lâcher prise avec vingt grains de quinine... Laoordaire esl un plat farceur! Depuis que j'ai lu sa lettre sur Rome, j'ai un souverain mépris pour ce baladin sans foi et sans talent... Votre jeune homme (mon élève) a bien raison de étalonner a l'astronomie. Oh! que je voudrais posséder cette science, la plus belle de toutes, celle qui donne le mieux la mesure de Dieu et en même temps celli l'homme. Tâchez que votre élève y voie autre chose que les divisions de l'espace et les calculs de la pesanteur. Adieu; présentez mes hommages à Madame X. Dites-lui qu'à ^<>n passage je lui ferai lire une lettre de Lamennais dont je >uis tout fier et qu'elle trouvera charmante. <-2s déc. 1838.
« /'. >. Avez-vous bu que Dantan vient de publier un buste de moi ! il était ici chez des amis s moi : je l'in- \ ite a dtner, et pour prix de mon hospitalité, il me vole ma figure qu'il va faire de mémoire à Paris, <>ù il la vend 1 IV. 50 aui badauds. Je l'aimais peu, je le déleste maintenant. »
Telle était la coquetterie de cet illustre poète : elle • .lit le publu , en se dérobant sous ses vieux saules, comme la Gaiatée de Virgile qui allongeai! hors de leurs troncs vermoului et caverneux sa blonde tête de nymphe. Mais de ce triste badinage, on aura re-
marqué les belles paroles que lui inspire l'astronomie. Le spectacle du ciel relevait vers Dieu. Le Bérangei de
15V M. LACORPAWÎ-
nos lettres complète sur ce point le Déranger des chansons. Le poète en vieillissant devenait grave et religieux. Il n'était guère plus sceptique et léger que par habitude et attitude de chansonnier. Il n'aimait pas, je l'ai dit ailleurs, le scandale dans les vers. 11 détestait surtout le tréteau dans la chaire. C'est ce qui le rend injuste envers le P. Lacordaire. Il rabaisse trop cet orateur sans doute trop vanté; mais ses successeurs à Notre-Dame de Paris, jésuites et capucins, relèvent mieux que personne le talent relatif de l'habile dominicain. Béranger s'indignait qu'un prédicateur descendit jusqu'à l'histrion. On lui racontait un jour que, pour démontrer le dogme de la transsubstantiation et la manducation du Christ dans l'eucharistie, le P. Lacordaire avait traité préliminairement du rôle des lèvres dons F amour. Béranger, qui ne croyait pas le moins du monde h la transsubstantiation, en était révolté. Ce prédicateur, il est vrai, recherchait trop les sujets scabreux. Ils plaisent aux orateurs catholiques, même à l'austère et naïf Bossuet. L'évêque de Meaux laisse échapper, à propos de l'eucharistie, ces étonnantes, ces incroyables paroles qui auront inspiré le P. Lacordaire : « Dans le transport de l'amour humain, qui ne sait qu'on se mange, qu'on se dévore, qu'on voudrait s'incorporer en toutes manières, et, comme disait ce poète, enlever jusqu'avec les dents ce qu'on aime, pour le posséder, pour s'en unir, pour s'y nourrir, pour en vivre. Ce qui est fureur, ce qui est impuissance dans l'amour corporel, est vérité, est sagesse dans l'amour de Jésus. Prenez, mangez, ceci est mon corps; dévorez, engloutissez, non une partie, non un morceau,