‹ Béranger et LamennaisChapitre 54 sur 76 · JUSTIFICATION · texte numérisé non relu

JUSTIFICATION

dith vous dit bien des choses... Ecrivez-moi et surtout cessez d'affranchir vos lettres, cela m'impatiente. « A vous de cœur. (Tours, 9 mars.) »

Je n'ai pas lu la Biographie de Béranger après sa mort, mais il m'a fait l'honneur de m'en lire lui-même desfragments àFontenay. J'ai comparé ma jeunesse avec la sienne, et je déclare en toute sincérité que la mienne a été beaucoup plus malheureuse; je déclare que pour arriver à la médiocrité, du fond de ma province barbare et de mon enfance orpheline, il m'a fallu plus de courage, de ténacité, d'efforts qu'à Béranger pour arriver à la gloire. Quant à ma prétendue inconstance, c'est le vent qui accuse le roseau de versatilité. Je parlais peu, et bien que notre langue fût la même, les mots n'avaient pas pour nous deux le même sens, de sorte que nous ne nous entendions pas. Béranger d'ailleurs était trop occupé de tout le monde et de lui-même pour connaître exactement ma situation. Je dus lui écrire encore pour lever un coin du rideau.

Il me répondit :

« Mon cher N., quoique vous me défendiez de vous parler dans votre dernière lettre, il faut pourtant que je vous en dise quelques mots, après y avoir bien réfléchi.

« J'ai passé par tous les chagrins et les ennuis d'une filiation comme la vôtre : ma position a même été affreuse en ce sens que mon imagination n'a pas manqué de l'exagérer. Toutefois ma raison m'a su mettre audessus de ces inconvénients, après quelque temps de réflexion. Aussi je ne vois pas pourquoi vous parlez de

I imi Dl ■ IIAN'.F.K. 177

torts qui ne sont paa 1»'- vôtres pour voua éloigner du bonheur que voua auriez en vue. Recules un peu ce bonheur, soil ! mais n'y renonot i | as...

« Je blâme également L'excès de déUcateaae que vous mettez dans lea réparations que voua croyez devoir... Voua <iv. i tait un rêve avec votre Allemand, et noua vivona dans un lempa ou il ne faut pas rêver, à moins de foire du somnambulisme magnétique. Je regarde cncore comme un rêve votre paasage en Amérique. Ehl pauvre garçon, que deviendries-voua dans un paya de positivisme absolu 1 Savez-vous calculer, vendre, acheter, labourer, planter, bâtir, naviguer, faire la traite des noirs, aller a la eh,!-.- des c istors et des mdiens* Dana ce paya, on crache au nez de ceux qui ne savent pas quelque chose de tout cela. Les Jefiferson, les Franklin sont morts; i ls ne renaîtront pas. Mon cher enfant, si voua allés là vous y trouver./ une foule de le Dante a mis dans son Enfer. Il est d.'natures pour qui ce serai! un paradis, maia non la vôtre. Croyez-moi, revoyez voa Camisards; revoyez-les bien consciencieusement, ils en valent la peine. El m la librairie ne reprend pas i l'aria, faites-les imprimer à Toulouse. Puis, mariez-vous en dépit de fautes qui ne sont pas les \ùt r.s, et vivea permi \<«- parents, pu i -que vous n'avez pas bu pactiser avec vos frères eu Jésus-

t. don! j'aurais voulu vous voir rapprocherai plus d«' confiance. Mais, morbleu, n'allei paa en Amérique oua y trouveriez aul atau moins de mau- \ .pi.- chez nous ••! beaucoup moins de ce qui doit itei qu'il voua \ faudrail plus d'argent, nuit économe que \"iis loyez.

« Je ne vous écris que pour combattre vos idées, et j'ai voulu, pour le faire, laisser passer la réfïex4on sur ce que vous m'aviez dit. Je ne me dissimule pas que je raisonne avec mon caractère, et que vous voulez agir avec le vôtre. Cependant, lorsque vous me parlez des essais tentés pour vous attacher à notre monde, essais tous infructueux, dites-vous, je ne puis m'empêcher de comparer votre existence à la mienne, et de vous répéter ce que je vous ai déjà dit : C'est que vos essais sont bien peu de chose auprès de ceux que j'ai été obligé de faire dans ma pauvre jeunesse pour arriver à me faire ouvrir la porte qui m'a conduit où vous me voyez. Adieu. Je ne vous parlerai plus de tout cela que quand vous me ferez signe. A vous de cœur. Judith vous fait ses amitiés. (Tours, 9 avriî.)

« L. a passé ici quelques jours. Il renonce à son Napoléon, auquel je devais mettre mon nom avec le sien, et qu'il devait faire pour 50,000 francs, et une part dans les bénéfices. J'avais arrangé cette affaire pour le tirer de la misère. Moi, je n'y gagnais que l'ennui de faire reparaître mon nom en public, ce dont j'ai horreur. Il n'a rien fait que toucher des avances qu'il nous faut rendre comme nous pourrons. Maudit métaphysicien! Ça va faire un petit accroc à ma petite fortune.

« Lamennais vient d'être en danger, mais il va mieux. Benoît le surveille et le soigne. 11 ne peut pas écrire. Il a été huit jours sans rien prendre et sans parler. Heureusement qu'il a eu assez de force pour empêcher qu'on le saignât. »

Béranger raisonnait toujours comme si j'avais eu

mm famille, des parents, des -unis. Àrft-on de cela dans le malheur 1 Ovi le !<• savait bien; et loi, non moine ex- ■t plus perspicace qu'Ovide, pouvait-il oublier pendant, d'après son Conseil, je corrigeai et recorrigeai mes Pn milieu desquels je travaillais, même par la pluie H le vent* doiluèrenl a mon style oa parfusn de bruy< re et ovenable à cette hû t biblique* Mon àin ne temps, s'affî rmiss ûfl à cette école

■ hénes e( des rochers, comme parle saint Bernard. Rien de plus salutaire qt» de la destinée

quand on marche dans le tourbillon avec la pensée de Dieu. M se fortifiait également; j<- m'exerçais à

rendre les notes graves, is robustes el magni-

fiques de Is poésie hébraïque; je faisais résonner la

e de l» ns les grottes <lr> druides, lé t: a-

duisis plusieurs psaumes pour les Intercaler dans i récîf tiv autres 1" QY*, sur lequel <>n trouvera

plus loin le jugement de E r', et où je luttais vail-

lammen n insu contre Lefranc de Pompigi

L'infortune, qui m< revenait après un a»« / !<>i me trouvait « ii .■ . n \ ingl implan

cours d'un homme; I trente, je ne d< m imlah plus que

i de Dieu. Il me semblait, c ir u malh I dé-

fiant, q plaint. ' u'rii-

i . < m donc était

• |] ■ i n de l oui : mourait <!«• fi<

et d'ennui, • it i irrivement retiré «l in

quelle ' ir de P is enfin de lui

I 'm m ipfM ette h-'

Mais nul n< i If le Mahomet <!<• 1 1

180 BÉ1UKGER A FONTENAY.

chanson. Il m'annonçait qu'Eugène Sue venait de publier son roman de Cavalier, qu'il avait craint d'abord pour mes Camisards. « Mais, ajoutait-il, le roman ne tuera pas l'histoire, qu'il défigure. » Il m'engageait à lui écrire sous le couvert de son libraire. Un mois après, je reçus, à mon grand étonnement, la lettre suivante, qui non-seulement me révélait sa retraite, mais encore m'appelait inopinément auprès de lui :

« (10 septembre.) Mon cher ami, votre lettre ne m'est arrivée qu'avant-hier , parce qu'elle avait été chercher P. à Fontainebleau. Elle m'a donné à réfléchir non sur ce qui me convient de faire, mais sur ce qui pourrait être le mieux pour vous... La maison que j'habite et où Judith ne peut coucher ne sera à nous que jusqu'au 1er juillet. Il nous faudra voir à en choisir une autre pour cette époque. Selon ce qui nous conviendra, nous la pourrons prendre avec une chambre de plus ou de moins. Puis d'ici là nous verrons mieux jour à vos affaires. En supposant que je me crusse forcé de rentrer à Paris, vous sentez que j'aurais encore plus besoin de quelqu'un auprès de moi, car ce n'est pas contre la solitude que je vous implore, mais plutôt contre le monde que, môme ici, je ne pourrai pas longtemps éviter complètement. C'est bien heureux d'y avoir pu vivre plusieurs mois sous un nom supposé, et en me promenant tous les jours dans le bois de Vincennes, sans avoir encore été dépisté. J'ai pris ici le nom de Berger, ne l'oubliez pas. J'habite Fontenay-sur- Boù ; des villages qui entourent le bois (de Vincennes) c'est le moins fréquenté des Parisiens : encore l'est-il

i ri niF. r«F. hûiani.f.h. 181

trop. Deux de mes vieux amis >ont venus m'y trier le ait (jour de >a nai- . Perrotin el Béjot < j ni fait

affaires, et une dame qui me doit (Madame B., depuis Madame Scribe), voilà toutes les penonnes qui jusqu'à <e jour m'ont fidèlement gardé le secret. Nous sommes seuls, constamment seuls, et je croîs que Judith, qui ut1 l»< ut ni lire ni travailler, par rapport a M n ennuie un peu. Moi, au contraire, je travaille beaucoup plus que j«' n'ai t'ait depuis quinze ans. .!<

VOUS dir, tout eela pOttr ([Lie vous ayez l'idée juste de

notre manière d'être.

« A présent, je VOUS supplie de ne un' taire aucun sacrifii \nib n'en trouveriez pas la compensation,

|j ce n'est dans mou amitié; et, à \otre ftge, l'amitié d'un vieillard n'esl bonne qu'une heure par jour où l'expérience de l'un s'épanche dans l'imagination de l'autre. Vous parles de poésie : la vieillesse n'en a plus,

iit'ant; il lui faut la mort pour eu retrouver,

car l«-> souvenirs même, elle eu tait de la prose a force de 1. - rabâcher. Ne vous faites donc pas d'illusion : votre vie ici ne peut qu'être incomplète, »t c'est pourquoi j'ai tant hésité a vous proposer d\ venir, et qu'aujourd'hui je m.- fais un devoir de vous éclairer, .le vous connais: une fois avec moi, vousaurezde la pefi thercher ailleurs un sorl pin- favorable, et pourtant cela sei a q< i Mit qu< vous vous mariiez enfin,

u. je souhaite pour vous; soit qu'une position avantag( iii ir. Réflé hissez donc bien .i i e

vous dev< i faire : les gens de - œur engagent Irop lem< nt l. ur liberté] el leur dévouemenl les empêche trop souvent de la recouvrer* La liberté, mon cher

ami, c'est le bien le plus précieux : j'ai bravé la misère pour conserver la mienne. Savez-vous qu'à votre âge je n'aurais pas accepté les propositions que je vous fais aujourd'hui? Si, il y a trente ans, Chateaubriand me fût venu dire : «Voulez-vous vivre avec moi?» je lui aurais fait la révérence et tourné les talons, et pourtant il sonnait bien haut dans mon esprit. Réfléchissez donc, je vous en prie encore. Voyez si vous voulez être le bâton de vieillesse d'un homme bon sans doute, mais qui a ses manies qui n'iront qu'en augmentant, son humeur qu'il n'a jamais su dominer et qui, tout en vous aimant, pourrait devenir insupportable.

« En voici bien long, mon cher N., et peut-être aurais-je dû me contenter de vous dire que ce n'est que huit mois d'essai à faire, après quoi nous verrons si vous devez retourner à F., ou vous lancer dans quelque monde nouveau. Ce qu'il faut que vous me disiez, c'est s'il faut vous envoyer de l'argent pour la route. Ne vous gênez pas et ne gênez pas ceux avec qui vous êtes, et à la position desquels je ne comprends pas encore grand' chose, malgré vos explications. Répondez-moi, en gardant bien le secret avec vos hôtes, à Fontenay-sous-Bois, près Vincennes, et sous le nom que je signe. A vous de

cœur.

« Berger.

« J'oublie le nom de la rue '.rue du Parc, n° i2.»

Cette admirable lettre produisit en moi le plus profond attendrissement. Etre le bâton de vieillesse de Déranger! Quelle gloire pour moi! Comment avais-je pu (petite? un pareil bonheur! Quels accents religieux lui

iu-fit \i« n* 183

inspirait la mélancolie d« la nu 1 1 < •• n'est plus !<> chansonnier qui parlai! ainsi, mais nn Père <lu désert : (f l om /"iriez de , la vu il ' n a ph

cher mfiomt; \l ftp foui la mari /•...

le relisaii cette touchante plainte du vieillard et je fon« dais en larmes. Mai- après l'enthousiasme et l'émotion* la réflexion, Belon l'usage, eut ion cours. Je suis .-impie; Déranger n'étail pas double, mais il était indéfiniment multiple; il était meiprimablement changeant et divers. Depuis «li\ sua que j<' l<i Fréquentais, je m'étaii fait âne gymnastique de suivra !>•> capricleuseï et perpétuelles transformations de ce Protège. J'étais un berger des Pyrénées qui avais perdu mes abeilles; mais (Vrais un Dieu pour père qui m'apprenait à énmrt, <-f la Solitude, ma mère; m'avait révélé !<• ae< non pas d'enchaîner, mais de découvrir les variations de ce demi-dieu plus mobile que l'onde et les vents. i solitaires ont l'observation d'autant plus profonde qu'elle est infatigablement attentive <'t rêveuse; et les gens «lu monde, avec letji esprit turbulent, ne s'en houtent souvent pas, et prennent pour de Fassoupfc ment cette ini ion' lente «-t silencieuse qui les

creuse jusqu'au fond de l'âme. J'examinai cette lettre phrase a phi I dans <«■ labyrinthe d'offres, de méments, de réa rves, de n strictions, de circonlocutions, dl évolutions de lOUte -'-ri.'. je ne tardai

i ivrir la toucha: tvante stratégie il.- -nn

humanité a mon égard. J'en t>:> encore profondément ému; mais I»' bâton de vieillesse qui, dans - 1 pen

,it qu'un gourdin a chasser les importuns, se réduisait, <l.ui-> la mienne, a un meuble inutil< . pour ne

18i LETTRE DE BERANGEH.

pas dire un embarras du foyer. Je lui répondis néanmoins avec l'effusion de mon cœur, et, ne sachant comment préciser les fonctions qu'il me réservait, je lui dis,, au risque de l'effaroucher, que je serais heureux de vivre auprès de lui en qualité de secrétaire, (non pas, bien entendu, pour ses chansons, ce qui n'eût été qu'une sinécure, mais pour ses œuvres de bienfaisance qui l'occupaient autant que le secrétariat d'un ministre.) Béranger, qui pensait que je donnerais aveuglément et comme un oiseau affamé dans le piège que me tendait son affection, me répondit cette lettre qui marque son désappointement.

« Savez-vous, mon cher ami, que votre dernière lettre m'embarrasse beaucoup? C'est ce qui m'a fait tarder à y répondre. Depuis que je suis ici, d'après quelques mots de vos précédentes, j'avais nourri l'idée de vous proposer de venir habiter avec moi. Pourtant je me gardais de vous faire cette proposition, qui n'était une convenance réelle que pour moi. Mais voici que vous m'écrivez que vous ne savez que faire, que tout vous va peut-être manquer, même l'argent pour venir sonder le terrain de la capitale. Aussitôt je me hâte de vous communiquer un projet déjà vieux pour moi, parce que, d'après la position que je vous voyais, je ne craignais de rien gâter dans votre avenir en vous engageant à vivre avec moi tant que cela pourrait vous convenir. Aujourd'hui tout est changé : vous êtes utile et aimé à Cognac; en le quittant vous y laisseriez u vide, et peut-être vos intérêts d'argent en souffriront Si j'avais encore le crédit que j'ai eu, si j'avais de 1

LP.rrnE r>r bkkangf.r. 185

fortune, j'y regarderais moins peut-être. Mais on vérité Je ne puis prendre bot moi de vous attirer où il n'y i I é pour vous de venir. Avec votre carac-

goûts qui ne -"Ht pas oeui de tout le monde, ce dont je voua félicite, je no puis me décider à voua taire faire un pas d'un côte plutôt que de 1 tre. Si la vie d'homme de lettre était celle que \<>u> affectionnaaaiei particulièrement, je m'en effrayerais moins, parce qu'auprès de moi x irons séries dans l,i route qu'il voua plairait de suivre. Mais rien ne me dit que la cm ière littéraire -<»it un besoin absolu pour vous. Moimême, qui Suis loin il' l'indiquer connue la plus lieu-

reuse, il ne mirait pas trop de vous précipiter dans cette

(pii. d'ailleurs, je le répète, ne m'a jamais semblé

celle ou. malgré coque vous promettes de talents, il vous convenait de dépenser toute votre vie. Vous êtes de ces natures qu'on craint d'altérer en les dirigeant, d'au! ut plus cpie les altérer c'est détruire leur bonheur. Il ne

laut pas mettre le doigt >ur l'aile du papillon : on en lià-

t la broderie. Je no veux donc pas touchera vos

ailes, m ut c«- qu'il y aurait de bonheur pour moi

a vous avoir a mou coté. II me semble aussi qu( d<.!> hésiter à vous enlever à ceux chez qui vous et dont vous sentes tout l'attachement, si votre cousine ne veut se marier que dans un an ou deux, c'est la (pic peut-être il vous convient mieux de passer ce temps. M< i idées sur toutes choses différent trop des vôtres pour (pu- vous n'ay< i ; i voisinage. Autant

e il vous -. rail utile de nei auprès de

moi pour former votre style, qui a encore besoin de quelques étud< lesquelles je pourrais vous aider

(et je vous avoue que j'avais cela aussi en vue dans la proposition que je vous faisais), autant votre règle morale pourrait se trouver heurtée en bien des points sur lesquels il est bon que vous ne variiez pas dans l'intérêt de l'avenir que vous vous préparez.

« Tout cela, je ne me le disais que faiblement d'abord, et n'eusse pas eu à m'en effrayer si vous vous destiniez au misérable état d'homme de lettres, ce qui veut dire d'aventurier. Mais depuis votre dernière lettre,, qui me fait mieux voir et votre position actuelle et vos espérances, qui surtout me rassure complètement sur votre sort, je dois le faire entrer dans la balance pour beaucoup et faire taire mon intérêt personnel. Mettant à néant les arrangements déjà pris dans ma tête, je vous rends votre parole : toutefois en vous disant que c'est à vous de réfléchir, de juger, de calculer. Si après cet examen, qui vous concerne bien plus que moi, et qui est bien autrement sérieux pour vous jeune que pour moi vieux, il vous prend le désir de venir nie trouver pour huit jours, pour huit mois, pour des années même, venez et soyez sûr de tout le plaisir que vous me ferez et de toute la liberté que je vous laisserai. Pourtant je ne puis vous dissimuler que quant à l'emploi de votre temps vous aurez à y pourvoir, car je sais bien que quelqu'un déjeune peut vous être nécessaire par moment, ne fût-ce que pour aller en cas d'accident chercher le médecin; mais vous assigner des occupations d'avance, cela ne se peut. Ne savez-vous pas combien j'ai peu besoin des autres? C'est surtout à mon amitié, à mon esprit causeur et même babillard qiie vous pouviez être d'un grand secours : c'étai

jf. vais a iamnui . 187

quelquefois en me prêtant votre plume ou vos jambes. Mais si j'avais eu à donner des travaux de secrétaire, ce n'est certes p ts à roua qu ! is adressé.

lutin, mon ami. songez que vous aves affaire à un

homme qui a toujours redouté charge d'âmes, el voyez

dans ma li ttre la preuve de cette crainte qui triomphe

des jouissances que je m'étais promises de votre séjour

auprès de moi. Quanl à ce qui me regarde, ne vous on

pez pas dans les réflexions que je vous engaf

: je trouverai toujours un moyeu de m'arranger

d'une façon ou d'une autre. Je m'accommode de tout,

Bais me faire même au mal. D'ailleurs tout cela est

pour tinir; il ne faul qu'un peu <le patience.

. mon cher ami, venez, ne venei pas, je n'en oins tout a \ous de cœur et n'oublierai point

lient qui VOU me lie/ à faire plus d'un sacrifie- a notre ait eh< ment. A nous pour la vie. 1-20' septembre »

C'est ainsi .p. Mit entre nous une touchante et

noble lutte (s'il m'est permis de parler ainsi) dans laquelle l lieateinent ourdis étaient tendus par son humanité a mon infortune non moins ingénieuse à les déjouer qu'attendrie, mais circonspecte rouche. Mais autant, dans sa première invitation, !• usait de dextérité .1 tisser !<• filet ou roulait me prendre son affection, autant dans la seconde il lit d'art .1 dénouer subitement son réseau < I a s,- d p, udemment. •'«• le tii i d\ mbai ras en ceptanl I en me mettant en route poui Fontenay-soiu Boi

Béni - i .- - -!:-.-■ j opkie.

Condamnation el emprisonnement de M. de Lamennais. I h ibiti i P

En me rendant h Fontenây, je n'avais aollemenl l'intention de m'établit a demeure chej le poète, le ne voulais pas être homme de lettres, et je n'ai jamais eu la moindre disposition pour le métier <!»• parasite. Dans le débat «lu cbien et du loup, j'ai toujours été instinctivement pour le loup, el l'ours m'a toujours paru plein de . <pii préfère à toute chose les longs jeûnes et les ■Terne avec la liberté dans les bois.

Qu'allais-je donc faire à Pontena) I Bé m'avait

un libraire <!>• Paris et la protection de <l«ui\ J'allais tenter la fortune pour nu .

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