Ï ARRIÈRE-SAISON POETIQUE
sous un rayonnement trop énergique du soleil; dans sa prose, les angles de sa figure s'adoucissent, s'émoussent, s'effacent dans une espèce d'ombre calculée et comme vaguement baignée d'un rayon de lune. Ce n'est que dans une correspondance intime et abandonnée comme la nôtre qu'apparaît, sous son vrai jour et dans ses mille aspects indéfiniment variés, cette physionomie perpétuellement mobile, et pourtant discrète, complexe, essentiellement crépusculaire.
Un jour, il réunit à dîner les quelques amis qui le visitaient dans sa solitude. Il alla lui-même chercher dans son caveau les vins roses ou dorés, les liqueurs étincelantes dans leurs amphores dont les formes bizarres, scellées de leurs sceaux authentiques, garantissaient l'origine pure et vierge. Tous les crus renommés de France, et peut-être du monde, envoyaient des tributs à la cave du chantre du vin. Le soir arrivèrent de Paris, entre autres convives, notre ami l'adjoint de Tours, M. Antier, un spirituel compagnon de sa jeunesse bachique, et, je crois aussi, M. et Madame Perrotin. Notre amphitryon fut charmant de cordialité, étincelant d'esprit. Il faisait encore des chansons : c'étaient les fleurs pâles mais toujours rares de son automne. Au dessert, il nous fit part des produits de son arrière-saison poétique. Il y avait sans doute trop de Napoléon, il brûla trop de poudre impériale ; mais à côté de ce gros salpêtre militaire, le vrai sel de l'esprit eut son tour, ainsi que la fine chanson morale. Une entre autres, qui n'était qu'un jeu d'imagination, me parut avoir la fraîcheur et le parfum de son printemps. Les papillons y disputaient avec les colombes sur la
JK Q| Il II. F.iMi.N.n. 1!»."»
fidélité. Pans ce dialogue, les colombes M trouvaient dépouillées de leui apanage héréditaire. >< Leacolomsont infidèles, et les papillons sont constante) s disait, comme conclusion de sa thèse, le petit sophiste ailé j l'insecte aérien et vaporeux, symbole plus ou moins réel du cœur du poète. Avant de sortir de table,
un autre bonheur DOUA arriva : c'était une lethe de
M. de Lamennais. L'illustre écrivain annonçait à son ami l'envoi d'un exemplaire de son Etquiuê d'une philo- 9ophie} qui devait paraître le lendemain même a Paris. r nous apprit que fauteur lui avait consacré une niciic modeste, mai- glorieuse dans .-"n panthéon del gloires poétiques de la Pranc
J'étais depuis ({uinse jours a Fontenaj : j'y étais venu, non j.a> pour moi, mais pour mes ComitàHk. Je parlai a Béranger d'un libraire, d'un éditeur de Paris, du pa* bronage des journaux et de la protection des académies. Mais je m- t. air a tour, libraire, éditeur, journaux, académies, académicien-, et le poète lui-même fondre insensiblement dtani mes main-, et l'évaporar avec mes espérances comme on nuage. Mon parti Fut pris sur-le-champ : |e résolus d< nei mes boiset
mes rochers. Béranger parai surpris, mais n'es p - de me ret< oii : / • tais, disait-il, un homme qu'on ne t, J'aui aie manifesté l'intention de me jeter dans l'Etna, qu'il ne m'en « ùt pas détourné, il savait i illais a l'abîme, il me combla de Im.ii;> -. redoubla i me (lit adieu, lai tia\<
dans l'oumibus de Fbntenay, !•• l'aperçu . au détour d'un -entit ifondémenl occupé a la pour*
suite de quelque refrain Énacréontique. Ainsi i'éva<