‹ Béranger et LamennaisChapitre 6 sur 76 · SON ORIGINE · texte numérisé non relu

SON ORIGINE

maison comtale de Provence et de Catalogne qui s'est fondue dans la dynastie royale d'Aragon. Le grand trouvère du dix-neuvième siècle aurait ainsi pour ancêtres poétiques ces princes, troubadour- pyrénéens. C'est peu probable, malgré la similitude du génie, et, à ce propos, je ferai remarquer que les Béranger de Picardie n'ont jamais su l'orthographe de leur héroïque nom germanique et méridional. L'aïeul du poète, officier des armées de Louis XV, avait, à la .Jean-Jacques, épouse sa servante <'t s'était fait cabaretier près de Péronne. Son père, gentilhomme dénobilisé par la révolution, financier en déconfiture, s'était mari»'; avec la fille d'un tailleur, femme vulgaire d'un homme hasardeux et chimérique. Je rappelle ces origines, connues de tout le monde, parce quelles expliquent le poète : tout homme est un résumé de ses ancêtres. C'est de ci' bizarre amalgame de princes et de cabaretiers, de gentilshommes] de financiers et de tailleurs, de chevaliers de la Rég< nce et de prolétaires de la rue, que sortit le poète bachique, le chantre national, reminent citoyen, inaisen même temps L'épicurien qui conserva toujours et même affecta constamment de mêler à grandes qualités un léger reflet des mœurs de la bohème. Personnellement] il n'était au fond ni noble ni plébéien : il était bourgeois. Et c'est la probablement sa véritable origine, malgré les talons rouges de ses lieux. Au physique comme au moral, il avait l'encolure du tiers état. Ses formes accusaient la roture ^ passé; mais sa tête révélait L'aristocratie de l'avenir, l'intelligence. Cette tête, à la fois énorme et superbe] était comme un symbole grandiose de ses vices et de

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scs vertus. Elle rappelait celle de Socrate, et comme le philosophe athénien, le poëte avait commencé par le scandale pour finir par la sagesse et par la gloire. Je revins le lendemain matin, comme il me l'avait recommandé ; il me traita avec une familiarité paternelle, m'appelant tout uniment par mon nom, ce qui était naturel dans un homme de cet âge et de cette renommée. Mais ce qui Tétait beaucoup moins, et ce que je ne conçois pas encore aujourd'hui, c'est qu'un mois ne s'était pas écoulé, que je l'appelais déjà comme tout le monde, Béranger. Le monsieur était généralement supprimé chez le poëte populaire. Il ne parut pas blessé de ma naïveté puritaine; peut-être en fut-il flatté dans son cœur, car je caressais à mon insu sa double faiblesse; je le traitais comme un prolétaire et comme un immortel. Béranger, à mon retour, me montra plusieurs lettres qu'il venait d'écrire en ma faveur à M. de Montalivet, ministre de l'instruction publique; à M. Villemain, président du conseil de ce ministère, et à M. Cauchois-Lemaire, rédacteur en chef du Constitutionnel. Il me chargea de les jeter dans une boîte et m'en donna une quatrième qu'il me recommanda de porter moi-même Vieille rue du Temple, à M. Lebrun, de l'Académie française. M. Lebrun était l'intime ami de Béranger qui, je crois, lui avait fait obtenir, à la révolution de juillet, la direction de l'imprimerie royale. L'auteur de Marie Stuart m'accueillit avec une affabilité relevée de grâce attique. Comme je lui exprimais la reconnaissance que m'inspiraient ses bontés, il crut devoir les justifier en me racontant que ses commencements aussi avaient été douloureux; qu'il avait

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été mal accueilli parle fameux Lehrun-I'indare . et que le chantre farouche de la Terreur s'était montré jaloux qu'un jeune homonyme lui dérobât un rameau du laurier lyrique. On n'aime pas son héritier, même en poétiei M. Lebrun, rjiii ne put nr employer dans bureaux, me lit tout d'abord et avec instances des offre* pécuniaires que je refusai comme celles de Bérangev. J'ai depuis revu plusieurs fois M. Lebrun; je suis revenu chez lui en compagnie de Uéranger; et il n'est pas de tendresse respectueuse et cordiale dont Madame Lebmn n'entourât l'illustre et puissant chansonnier. Va Béranger s'en défendait avec une coquet terie que moi, jeune montagnard inapprivoieé, je trouva Î8 véritablement déplacée et farouche. .le trouvais qne la rentable affection a plus de simplicité patriarcale; mais il voulait être à la t'ois populaire et inaecessihie comme les dieux.

M. Lebrun me chargea de faire un article sur les Feuillet d'Automne 6e M. Victor Hugo. 11 voulait que je rendisse compte dans les journaux de ce nouveau recueil de poésies. L'illustre académicien fut satisfait de mon travail; mais toutes ses tentatives pour le faire insérer demeurèrent sans résultat ; il m'écrivit lui-même les dftaiN de cette négociation infructueuse.

M de la justice, imprimerie ro\.<

Paris, uiiuv is:u.

«.le \oulais. Monsieur, avant de \<»us répondre, voir le sort de l'article que vous avez bien voulu me confier. J'en ivaîa pari.-, au moment même gè vous ne l'avez envoyé^ a M. Villemain i ont le /< limai rf< i Dé-

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