LETTRE DE M. LEBRUN
bats. Un article avait paru sur le même sujet, et je n'ai pas vu d'ailleurs que M. Villemain jugeât facile de vous introduire, comme rédacteur, dans ce journal où toutes les places, dit-il, sont occupées, et qui a déjà plus de rédacteurs littéraires que le moment où nous sommes ne lui permet d'en employer. Le Courrier ne dit pas un mot de littérature et croirait compromettre sa sévérité. Je me suis donc adressé au Temps, mais je n'ai point encore reçu la réponse de M. Coste, et je suis si chargé d'affaires qu'il m'a été impossible de l'aller chercher. Je l'attends d'un moment à l'autre et vous l'enverrai de suite afin que nous sachions si vous devez continuer ou interrompre votre travail sur les Feuilles d'Automne. J'en ai trouvé le premier article très bien. On y reconnaît un homme qui sent vivement et profondément la poésie; vous la jugez comme vous la faites. J'ai regret, Monsieur, de vous seconder si mal; ne vous en prenez pas du moins à mon désir. Je suis très impatient de vous montrer autrement qu'en paroles toute l'estime que vous m'avez inspirée et tout ce qu'a de pouvoir sur moi l'intérêt que vous porte M. Béranger. Agréez, je vous prie, mes compliments empressés.
« Je rouvre ce billet que je n'ai pu vous envoyer hier faute de me rappeler votre adresse. M. Béranger me Ta donnée. Je reçois ce matin la réponse de M. Coste et votre article. Un article sur le même sujet a été publié le 7 de ce mois dans le Temps. Nous venons trop tard, et nous sommes devancés partout. M. Coste m'écrit que si vous voulez vous exercer sur quelque autre publication, il est tout disposé à vous donner place dans ses colonnes. »
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Ainsi., avec de si grands et de si excellents protecteurs, rien ne réussissait. Je retrouve encore d'autres détails sur cette négociation dans deux billets deBéranger. Je lui avais envoyé, a ce qu'il parait, quelques strophes remplies de sa louange et de ma douleur, et qui sont perdues. La pièce, m'assure-t-on, était intitulée Merci/ Il me répondit :
(( Mon cher N..., elle est charmante, votre odelette, comme on disait au temps de Ronsard. Elle a un parfum de poésie qui plaît tant à ceux qui ont ce qu'il faut pour li- respirer. Mais toute en mon honneur, je
ne crois pas devoir la donner à publier. Attendez au moins (pie j'aie fait quelque chose pour vous. r2.'5 novembre.) »
Il ajoutait qu'il avait reçu des réponses favorables de MM. Villemain et de Monfalhet. Je tombai malade de tristesse et, faut-il le dire, d'inanition. J'écrivis a Béranger mon désespoir, et je donnai à ma plainte la forme plus sympathique de la poésie. Je viens de retrouver cette pièce égarée depuis vingt-cinq ans; elle m'est doublement précieuse, et par son retour inattendu et par son n, îift douloureux gémissement.
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