G SAINTE-PÉLAGIE
ranger et de moi. Il reprend une thèse antérieurement débattue sur le génie des femmes, probablement à propos de Madame G. Sand.
« Sainte-Pélagie, 25 mai 1841.
« Certainement les femmes ont une délicatesse de perception et de sentiment bien supérieure à tous les lents procédés de la logique, et plus sûre bien souvent. Elles ont des qualités autres que celles des hommes, et, ce dont je les blâme, c'est d'en vouloir changer. Je n'aime pas plus les femmes qui se font hommes que les hommes qui se font femmes. Que chacun reste soi ; il y. a à gagner pour tous...
« Ce qui rend plus dure la vie de prison, c'est de sentir près de soi tant de souffrances. Il y a maintenant sous le même toit que moi cinq cent cinquante malheureux que deux ou trois douzaines de démons payés pour cela s'acharnent à tourmenter du matin au soir, et du soir au matin, car ici les nuits même sont sans repos... M. N. a-t-il renoncé au projet de se faire ministre? Je le remercie de l'opinion bienveillante qu'il a de moi. Béranger vient me voir de temps en temps, et j'ai toujours un nouveau plaisir à l'entendre causer : il a tant d'esprit et de sens!... »
M. Aug. Billiard, auteur de Y Organisation de la république, maintenant retiré à Saint-Germain en Laye, m'a raconté qu'il alla voir un jour M. de Lamennais à Sainte- Pélagie. C'était le soir, et dans le clair-obscur de sa cellule, ils se mirent à causer de politique et des principes des sociétés. M. de Lamennais, qui d'ordinaire ânonnait en parlant, renouvela cette fois encore ce prodige d'é-
M. AUG0ST1 B1LLIAHD. 207
loquciH ■«• «Iniit j'avais été 1»- témoin dans lei bois de
nne. B m génie, une heure dorant, plana dan- les
plus sublimes hauteurs de la philosophie socialej sur
1m ailés harmonieuses de Platon. La nuit tomba ^
me dit M. BiUiard, et l'ombre me dérobant l'aspect de
llulf et les traits de l'illustre captif, je me brus, m
poétique législateur assis avec If divin
Grec, au pied dw colonn< s du temple du <■ ip Sunium.
El la rumeur lointaine de Paria complétait l'illusion eu
roulant, I des sourd* i, contre les murs de la pri-
son, comme le ronflement d»s vagues de la mer contre les rochers de l'Attique.
de M. Auguste BiUiard n'est point suspect, car il n'aimait pas M. de Lamennais* L'épieurien éprouvait un.- instinctive répulsion conter l'ancien
crate. Us avaient été pourtant compagnons de e, et l'un et l'autre presque Impliquée dans l'alfain de |{ devons un - uvenir a ce vieillard
longtemps mêlé à n<»> troubles <i\i!>. et qui vientde B'éteindre dans l'imli. l l'obscurité a Saint-Ger-
main eu 1. 1\.-. Né <ii 1788 a Courtaumei . le l>ail-
liage d'Alençon, en Normandie, secrétaire de M. de Montalivet, ministre «le l'intérieur de Napoléon, commissaire auprès du I 'que pour la pat ification de |.i Vendée, journalisl de ftuir» qui prow qua la révolution de juillet, préfet du Finis-
sous le roi Louis-Philippe, const ilter oVEl t sous la république, consul a Di Ires, à
Saint-Pétersboi Aon a l' u bon . publiciste,
an-ti.it. -m , poi le, M. BiUiard coi it tous les
hommes, toutt histoires, toutes les anecdotes,
même les plus frivoles, de son siècle. Il était un démagogue, mais d'Athènes ou de Sybaris, et toujours prêt à se couronner de roses. Il parlait avec une élégance parfaite, une nonchalance exquise du régicide, des massacres de la révolution, et son poignard inoffensif n'avait qu'une gaine de myrte. Les voluptés, dont sans doute il avait été le prêtre, l'avaient à la fin pris pour victime et rendu son corps élégant tellement informe qu'il était impropre à toute chose, même au cercueil. Ployé en deux comme le bélier héraldique de la Toison d'or, il discourait encore avec le calme d'un sage, s'enfonçait avec une inaltérable sérénité dans la mort, et, sans crainte comme sans espoir, il souriait au néant. Il est mort à la manière de Pétrone, récitant des vers élégiaques, rappelant des souvenirs erotiques, évoquant des images chéries, ombres de ses voluptés qu'il conviait à ses funérailles. Son cercueil, indigent et abandonné, n'a guère été suivi que par les deux religieuses qui l'avaient enveloppé de son suaire, et par un ministre protestant qui, ne pouvant le revêtir de son espérance, n'a pu que répandre une larme sur sa tombe. (Septembre 1858.)
M. Marc Aurel cependant s'était ravisé; il consentait à imprimer mon histoire cévenole. Le bruit s'en répandit, et plusieurs Eglises du Midi m'adressèrent vocation. Je refusai, je n'étais pas encore prêt; mais Béranger, apprenant que je venais d'être élu à G., près de Nîmes, m'offrît cinq cents francs pour l'ameublement de mon presbytère. Il ajoutait :
« Reste à savoir maintenant si vous prendrez goût