ARISTOCRATIE ET DEMOCRATIE
dans mon jardin. — Eh ! qu'avez-vous donc construit ici ? lui demanda son hôte en voyant une espèce d'édicule antique ombragé de lauriers et de cyprès? — C'est un temple!... un temple que j'ai dédié... devinez à qui! — A qui donc? A saint Paul, patron des ermites? — Non, c'est à Voltaire !!! » « Et en effet, ajoutait Béranger j'aperçus dans une niche le buste de Voltaire, et le grand railleur semblait contracter ses lèvres de marbre pour ne pas rire aux éclats de son temple et de son grand prêtre. »
Béranger cette fois me parut changé sur bien des sujets : il ne parlait plus tant de son ignorance, ni de son prétendu défaut d'éducation, ni de ses pertes perpétuelles d'argent, bien qu'il en survînt une encore pendant son séjour dans l'allée Sainte-Marie. Il n'engageait plus tant les ouvriers à faire des vers, excitations funestes qui avaient tourné la tête à une multitude de manœuvres qui désertaient leurs ménages et leurs ateliers pour nous faire entendre les sons de leur alêne, de leur truelle ou de leur varloppe changée en lyre. Béranger ne parlait pas tant non plus contre la monarchie, et à mesure que la république approchait, il se serrait instinctivement autour du trône de Juillet. Bien qu'il détestât la noblesse, au moins l'ancienne, il disait : a La question de l'aristocratie et de la démocratie n'est pas encore jugée. Voyez cette succession ininterrompue de ministres plébéiens. Où auraient-ils appris à gouverner, ces financiers, ces professeurs, ces avocats? Ils arrivent d'ailleurs affamés et suivis d'une meute de créatures également faméliques. Il faut rassasier tout cela, et la France leur est jetée en proie. Ne vaudrait-il pas
mieux une aristocratie, une fois largement repue, inlimite dès !•• 1 i dans les principes et les tradi-
tions du gouvernement, et sachant diriger le vaisi parmi les sables el tes écueils. L'aristocratie n'est pas incompatible avec la liberté. Le despotisme, au contraire, Raccommode fort bien < 1 * - la démocratie. Le suffrage universel, que l'on réclame insensément, nous amènera quelque tyran : Gromwell était un démocrate; Néron un démagogue couronné... »
lion histoire des Pa&teurt finissait ainsi : i J'arrive au tenu»- il»- mon récit, j<* Noi^ nu autel brisé, \\\\ trône rompu, une monarchie caduque emportée comme une feuille morte dans la tempête. » Béranger, d'un ton de blâme, me «lit : i Vous parlez comme un révolutionnaire] — J'en ai le droit, lui répondis-je... La Révolution esfl la conséquence et l»- châtiment de la Révocation : c'en est la moralité tragique, i Béranger li le ulem - .
Nous passâmes le printemps s Paris, et mon patron solennellement admise lacharobre despain, nous/eparttmes pour Bordeaux Béranger el M. <lr Lamennais ne manquèrent pasde m'interroge! à plusieurs reprisée sur Montaigne, Montesquieu, les Girondins. « il ne reste, leurdis-je, de Montaigne, que son tombeau dans l'église Saint-Michel; et de Montesquieu, que son château de Labrède, dans les Landes. — L'un et l'autre, «li-.iit Béonl dans l'esprit la vivacité ibérienne, el dans le >tslc l'éclair <ln ciel «In Midi. — Maie, disait M. de Lamennais, Montesquieu est l'antithèse sociale de Montaigne. ■ Béranger aimait Montaigne, comme on aime leul. Montaigne est une doublure philosophique