‹ Béranger et ses chansons: d'après des documents fournis par lui-même et avec sa collaborationChapitre 91 sur 241 · LB DIEU DES BONNES GENS · texte numérisé non relu

LB DIEU DES BONNES GENS

Cette pièce date de 1817 , et jusque-là Béranger ne s'était guère hasardé à élever le ton ; mais, enhardi par le succès de quelques tentatives , il osa plus cette fois, osa même beaucoup ; et non sans frayeur, en se rappelant la règle du Caveau , un jour proclamée et commentée devant lui ; à savoir, que toute poésie doit être proscrite de la chanson. Aussi trembla-t-il fort, lorsque pour la première fois, dans une réunion de gens de lettres chez Etienne^ il chanta le Dieu des bonnes gens. Les applaudissements furent tels, que, dès ce moment, il n'hésita plus à abandonner tous ses autres essais et à embrasser exclusivement le genre qui lui avait toujours paru si humble et où il entrevoyait maintenant l'espoir de créer une sorte de poésie chantée , suivant son expression. « Mais certaines conditions , disait -il, restaient nécessaires. Il fallait ne pas cesser, par exemple , d'employer des airs connus ; s'attacher à varier et entremêler les tons , comme semble l'exiger notre langue; chercher des formes dramatiques, donnant à la composition plus de mouvement et de vie , donnant en même temps au poëte plus de liberté de pensée et de langage ; il fallait surtout , quoi qu'il en put coûter , conserver le refrain , frère en quelque sorte de la rime , et sans lequel la chanson perd son plus grand effet. »

Il s'efforça ainsi d'élever le genre à toute la hauteur qu'il lui semblait pouvoir atteindre; s'en faisant en outre une ressource précieuse, dans un temps où la presse était muette et y trouvant cet inappréciable avantage de n'être enchaîné par aucune poétique, puisque cette sorte de composition n'avait pas été tentée jusqu'à lui.

Quant à la chanson en elle-même, quelque grand et mérité qu'en ait été le succès , on ne saurait la compter au nombre de ses meilleures. C'est comme une première tentative , où se laisse voir le peu d'habitude encore de l'élévation du ton et des idées. La phrase s'y montre parfois en effet un peu traînante , un peu embarrassée. Mais, en général, le tour est si noble, les images si pleines de justesse et de grandeur, l'expression si riche , le sentiment si généreux et si vrai, qu'on ne saurait prendre garde à quelques taches.

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