QU'ELLE EST JOLIE
Anacréon a laissé un portrait de sa maîtresse, plein de délicatesse et de passion, et à la fois de réserve. Il y en a une imitation de La Fontaine :
.... Peins-nous Iris absente.
Premièrement mets des lis et des roses, Après cela des Amours et des Ris.
Mais à quoi bon le détail de ces choses ?
Béranger l'a donné ce détail, et finit même par laisser tomber les voiles qu' Anacréon relève si discrètement.
Et moi, je suis, je suis si laid!
Il exagère; et cet enfant exagérait aussi, qui, le rencontrant dans une rue de Passy, vers la fin de 1849, s'arrête tout à coup, le regarde, s'écrie : « Oh ! qu'il est laid ! » puis court encore. On comprend mieux la grande dame, curieuse de le connaître, et se disant à demi voix quand on la place tout à coup près de lui :
(( moi, qui le croyais jeune et beau! » II l'entendit, et plus tard en rit beaucoup avec elle.
Ce serait l'occasion de décrire sa figure.... Mais ses bustes, ses médaillons, ses portraits sont partout, qui, sans le présenter assez fidèlement, montrent qu'avec des traits fort ordinaires, il avait une physionomie pleine de bonté, de franchise, d'esprit et de sérénité. On aurait trouvé difficilement un souris plus aimable et un regard plus pénétrant et qui donnât plus à penser.