‹ Béranger et ses chansonsChapitre 105 sur 269 · L'AVEUGLE DE BAGNOLET · texte numérisé non relu

L'AVEUGLE DE BAGNOLET

Cet aveugle y allait bien gaiement au bel âge, et un peu légèrement vers le soir ; se tout permettre à vingt ans, c'est beaucoup; mais s'en vanter à soixante, c'est trop! Cousin sans doute de ma grand'merej il conte moins bien ses fredaines, et, comme elle, ne les conte pas, après un coup de trop. L'une d'ailleurs regrette le temps perdu (comment donc l'aurait -elle voulu employer?) l'autre s'applaudit d'avoir bien employé le sien. Et tout cela nous amuse et nous enchante ! Et puis, pauvres maris, dont on rit avec Babet, et dont on a, ma foi ! grand' raison de rire, si nos femmes et filles font des sottises, nous crions à tout rompre: l'ours dut crier aussi, après avoir tué la mouche et son dormeur. Qui n'a vu des enfants jetant du sable en l'air, et fort contrariés ensuite quand il leur retombait dans les yeux?

Comme il faut toujours chez Déranger de beaux et nobles vers , l'aveugle en trouve , lui aussi , au milieu de ses réminiscences si lestes. La pièce finit par un mot à remarquer :

Le plaisir rend l'âme si bonne !

Et la conséquence qu'on en peut tirer serait à remarquer aussi ; la voici : ou les riches prennent peu de plaisir, malgré tout leur argent, ou ils valent beaucoup plus que les gueux ; à moins cependant qu'il n'y ait en effet pour ceux-ci plus de plaisir que pour les autres. Lequel est vrai?

Le plaisir, tel qu'on l'entend communément, ne rend pas bon, au contraire ; mais il rend de bonne humeur, pour le moment, bien entendu.

Page 1