‹ Béranger et ses chansonsChapitre 115 sur 269 · LA NATURE · texte numérisé non relu

LA NATURE

Le vin a du bon, surtout quand il vient de certains crus; les femmes aussi. Cependant si la nature s'était bornée en notre faveur, à ces deux politesses, il n'y aurait pas à se tant récrier : car, à moins de remplacer partout les pommes et le houblon par du plant de Laffitte ou de Chambertin, et de trouver le moyen de ne jamais dépasser la quarantaine, que devenir sans cave

ni jeunesse?... Mais une chanson est pour le dessert, surtout pour le dessert où se boit du Champagne.

Les vers sur l'Etna sont beaux, et le flattent beaucoup : de ses feux et fumées le monde, à y regarder, ne s'émeut guère.

Quelle image aussi de la peste! et si Horace avait

écrit en français, ne croirait-on pas de lui ces deux

vers :

Humide encor du sang des pères , La terre boit le sang des fils.

Encore une fois le vin et les jolies femmes ont leur prix : mais si, lorsqu'on cueille des roses, leurs épines devaient donner de gros panaris, on se consolerait facilement de ne plus trouver à en cueilhr. Gentil Bernard, non pour avoir fait lart d'aimer (ce qui en définitive ne méritait pas un tel châtiment) , cessa, avant le temps, de justifier son surnom, et, grâce aux gentilles personnes, devint un homme qui ne l'était plus. Grâce au bon vin aussi, Basselin, si gai, finit par l'être moins et composa ce couplet, qui dut lui coûter peu :

Nous sommes une grande troupe

D'infortunez, Qui, pour avoir trop mis la coupe

Sous le nez, Sommes malades

La Monnoye, ce Voltaire du noël, comme on l'appelait, disait moins naïvement :

On ménage, en buvant de l'eau, Son teint, sa bourse et son cerveau.

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