‹ Béranger et ses chansonsChapitre 116 sur 269 · LES CARTES ET L'HOROSCOPE · texte numérisé non relu

LES CARTES ET L'HOROSCOPE

Les tireurs de cartes, escamoteurs, vendeurs d'elixir, les mendici, mimi, balatrones, tout ce qui remplissait à Rome les environs du Colisée et du théâtre de Marcellus, sont bons à écouter et regarder : le quart d'heure qu'on leur donne n'est pas sans profit. Vous verriez, au milieu d'une foule attentive, le héros de la fête, le Balalron, gesticulant, grimaçant et discourant à la fois. Ouvriers, domestiques, apprentis, jeunes filles, enfants mêmes, savent bientôt, grâce à lui, comment la main se prête à différentes sortes d'adresse ; comment se dupe et raille un mari, comment se payent les dettes, se berne un tuteur, un maître, un créancier. Puis, pour deux sous (car à Paris, non plus qu'à Rome, on ne songe au vil intérêt), il est vendu à l'assistance des poudres guérissant tout mal ; ou bien encore, à l'aide de trèfle et carreau, l'avenir lui est révélé clairement.

Tout cela, comme on pense, édifie ce pauvre monde, le rend plus sensé, meilleur , sans compter l'économie de temps. Que si vous avez l'air de ne pas goûter un pareil genre d'instruction , on admire vos scrupules et l'importance que vous attachez h si peu. Même, ajoutera -t -on, peut-être qu'à tout prendre, le moyen de recueillir du bon grain est de semer du chardon et des ronces.

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