‹ Béranger et ses chansonsChapitre 147 sur 269 · ÉPITAPHE DE MA MUSE · texte numérisé non relu

ÉPITAPHE DE MA MUSE

La muse mise en scène ici est celle de la chanson ; à l'en croire donc, Béranger serait chansonnier et rien de plus. 11 songea d'abord pour elle (si même il y songea) à des succès de guinguette et de Caveau; puis lui apprit à se mieux tenir, à moins parler, à travailler avec plus de soin sa pensée, enfin à devenir telle que nous la connaissons depuis longtemps. Education difficile et longue! Aussi quel chemin!... De cent vers en une heure, il la dressa à n'en pas faire plus en un mois, et quelquefois en un an.

Grâce à elle, il put se consoler d'être gueux, même

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cesser de l'être , même aider certains gueux à l'être moins.

Quant aux muses de l'école , elles se réduisirent pour lui à un pauvre magister de l'impasse de la Bouteille, chez lequel il alla dix fois au plus, entre sept et huit ans , et à un autre , demeurant près de l'entrée du faubourg Saint-Antoine, qu'il quitta au bout de six mois, sachant à peine lire, mais ayant vu prendre la Bastille :

J'étais bien jeune; on criait : Vengeons -nous! A la Bastille !

Il fut longtemps chagrin de n'avoir pu recevoir une éducation classique, persuadé qu'on ne saurait devenir autrement un véritable écrivain. 11 finit sans doute par se consoler et se détromper.

D'après le portrait de sa personne dans Ma vocation , on comprend son besoin d'être aidé ; il fallait en effet qu'on pipât un peu pour lui. Sa muse le servit au mieux sous ce rapport; d'abord par l'insouciance qu'elle lui inspira, plus tard par le nom qu'il lui dut.

La singulière image du serpent, au cinquième couplet, d'ailleurs amenée d'une manière un peu forcée dans le quatrième, semblerait manquer de justesse. (( Elle étonne, lui disais-je, et plaît même au premier moment; mais, sans qu'on puisse lui trouver un sens qui se comprenne nettement. — Au fait, répondait-il, le vers a pu emporter pour ainsi dire, ici l'idée; et le

vers , à son tour , emporté par la rime , a valu au défenseur de ma muse une épithète, qui, à défaut d'honoraires, et, quoique valut en effet la défense, pouvait du moins le flatter. »

Béranger me lut, vers 1832 je crois, une lettre au sublime avocat, lettre dont la prose avait son prix. J'ai peine à croire que le correspondant, malgré tout son esprit, en ait pu retourner cette fois autant qu'il lui en était envoyé.

Un moyen, et le seul probablement, de publier les chansons condamnées, était de publier le procès avec toutes ses pièces. Ce fut M. le premier président Séguier qui en donna l'idée à Béranger.

Singulier caprice de la muse en question ! Au château de Maisons, chez Laffitte, elle ne se trouva jamais en humeur de faire faire un seul couplet, un seul vers, à l'hôte du riche banquier. Ce grand parc et ces beaux lambris la rendaient muette.

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