‹ Béranger et ses chansonsChapitre 149 sur 269 · LES CONSEILS DE LISE · texte numérisé non relu

LES CONSEILS DE LISE

Lise veut dire : (( Chantez, et n'acceptez pas d'emploi. » Conseil sage, que Béranger fit bien de suivre. Mais le vers présente un autre sens , le vrai suivant Vaugelas et les quarante. « Chantez, Monsieur, n'écrivez pas. )) C'est-à-dire : « Contentez-vous de rester chansonnier sans chercher à devenir écrivain. » Le

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conseil alors, quoique donné en français plus correct, aurait été peu sensé. Aussi Béranger n'en tint compte. Car, en rendant sa muse moins folle, en la retirant du Caveau , où elle s'était fourvoyée un instant , il cessa jusqu'à un certain point de chanter pour se mettre à écrire. On l'appellera graîid écrivain plutôt que grand chansonnier, deux mots se mariant assez mal.

Les couplets de Lise et tant d'autres montrent s'il mérite le premier de ces noms. Quel poëte a mieux écrit? Quels vers ont un tour plus élégant, plus concis, plus nerveux ? quelle phrase est plus savante , plus châtiée , d'une expression plus vive et plus juste , en même temps que d'un sens plus profond?

L'homme est chose singulière, il le faut dire; même quand il se fait banquier au bout de l'ancienne rue d'Artois ! Laffitte veut un jour enrichir Béranger, ou du moins lui assurer le nécessaire. Il insiste et à plusieurs reprises, et toujours inutilement. Or, à l'époque de sa liquidation, une dame inconnue vient lui remettre, dans son salon, la somme de soixante mille francs, destinée , dans le cas oii cette liquidation se terminerait plus ou moins heureusement , à un homme de lettres pauvre. L'occasion devait sembler en quelque sorte providentielle ; mais Laffitte n'en manque pas moins d'oublier complètement son ami, tant sollicité naguère de se laisser faire riche; et les soixante mille francs restèrent dans sa succession. A la vérité, suivant sa volonté dernière, ils durent être distribués aux indigents,

ce qui ne pouvait cependant regarder Béranger, non inscrit au bureau de bienfaisance de son arrondissement. ^

Le courtier de la sainte alliance, M. de Rothchiid, se montra toujours fort poli, fort empressé même, avec Béranger. Celui-ci lui conseillant, après la révolution de 1818, d'accepter le porte-feuille des finances, le banquier répondit que c'était à lui Béranger à s'en charger, le tenant pour homme entendu en quoi que ce fût. Il avait pris cette opinion du poëte, en le voyant s'opposer, en 1830, à l'entrée de LafTitte au ministère et annoncer ce qui arriva bientôt.

En somme, la liaison de LafTitte et Béranger ne profita qu'au premier. Cinq millions avait été promis par celui-ci à qui marierait sa fille. Les noces faites : a A quand le paiement, lui dit Béranger? » Mais, le péril passé,,,.

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