‹ Béranger et ses chansonsChapitre 170 sur 269 · Lamotte, dans Issé · texte numérisé non relu

Lamotte, dans Issé

Nos amours ont duré Toute une semaine.

Ce qui donne au moins le temps d'en sentir le prix : Amour, adieu, mon bel âge est passé, etc.

Ces vers sont jolis, sans valoir ceux de Marot plus gais et plus vrais :

Mon beau printemps et mon été Ont fait le saut par la fenêtre.

Amour, tu as été mon maître ; Je t'ai servi sous tous les dieux.

Ah! si je pouvais deux fois renaître, Combien je te servirais mieux !

Horace aussi jette les hauts cris vers la cinquantaine : <( 0 Vénus! grâce, grâce! » Vénus, sans doute, n'y prit garde, sachant qu'à cet âge le feu ne peut faire grand dégât, et qu'il s'agit tout bonnement alors d'un plaisir comme il en est d'autres. De même aurait-il pu, son Esculape le réduisant à l'eau pure, s'écrier : (( 0 Bacchus, Bacchus !... » Car s'abstenir de Falerne est bien cruel aussi. Et puis on voit assez, par la fin de sa chanson, que Lydie et les donzelles d'alors le laissant là, il savait se procurer des consolations et compensations telles quelles :

Ai- je passé le temps d'aimer?

demande La Fontaine. « Bon! dit à cela Béranger,

quand la question se fait, il n'est besoin d'y répondre ! »

Toutes ces galanteries ne valent pas, pour le tour

délicat et le sentiment, celles de nos vieux poètes.

Leur recette semble perdue bien avant Louis XIV, et tenait en partie, peut-être, au caractère encore indécis de la langue, et en même temps à sa naïveté et à sa verdeur. On s'étonne, en lisant les chansonniers des XIV' et XV* siècles, du ton si piquant et si vif, de la richesse d'expression, de la finesse, de la grâce, de la légèreté, qualités devenues si rares ensuite, hormis dans La Fontaine et dans Voltaire peut-être. Et encore, le premier, si merveilleux imitateur de ses devanciers, laisse-t-il trop voir parfois l'intention et la recherche.

Les comtes de Champagne, de Soissons, Charles d'Orléans, Villon, François r% malgré son atïeterie, Marie de France, Marie Stuart, Marot surtout, ont laissé des vers qu'on relirait cent fois :

Ha! belle blonde,

Au corps si gent,

Perle du monde, , Que j'aime tant I D'une chose ai bien grand désir ; C'est un doux baiser vous tollir.

Oui, belle blonde.

Au corps si gent.

Perle du monde ,

Que j'aime tant !

Si par fortune,

Courrouceriez,

Cent fois pour une , Le vous rendrais volontiers.

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